- Un nouvel inventaire rendu public relève que des espèces, qui n’existaient pas lors du comptage de 2021, ont été répertoriées au Parc national du Faro, situé au Nord du Cameroun, à un millier de kilomètres de Yaoundé.
- Malgré cette embellie, leparc subit des menaces dues à la dégradation et à la fragmentation de ses habitats par les feux et le surpâturage, qui réduisent considérablement ses zones de quiétude. Le travail, réalisé par l’organisation non gouvernementale Africa Wildlife Foundation avec l’appui de l’Union européenne et le ministère des Forêts et de la Faune, déplore le braconnage du pangolin à des fins commerciales, bien que certains tabous socioreligieux limitent sa consommation dans la région.
- L’étude montre aussi le déclin de la panthère, victime des empoisonnements des populations, qui cherchent à réduire ses attaques sur les petits ruminants à la périphérie du parc, et à cause de la réfaction de ses proies naturelles tuées à des fins commerciales.
- Les auteurs de l’inventaire recommandent, entre autres, le renforcement des patrouilles communautaires, la construction d’une base permanente des écogardes au sud du parc, l’utilisation renforcée des pièges photographiques et l’implication des communautés locales, comme solutions.
Le Parc national du Faro, situé entre les régions du nord et de l’Adamaoua à un millier de kilomètres de Yaoundé, connaît une augmentation extraordinaire de sa population faunique.
C’est ce que révèle un inventaire réalisé en mars 2025, et conduit par Africa Wildlife Foundation (AWF), en collaboration avec l’École de faune de Garoua, sous la tutelle du ministère des Forêts et de la Faune (Minfof) et l’Union européenne.
Ce comptage de la faune du parc a été effectué par transects linéaires, une méthode consistant à parcourir une ligne droite ou courbe, pour analyser les caractéristiques d’un écosystème.
Au total, le parc compte 34 espèces de grands et moyens mammifères composés d’éléphants, de lions et de léopards, etc.
Au kilomètre carré, le comptage indique que le nombre des codes de Buffon (type d’antilope) par rapport à l’inventaire de 2021, est de 1,41 individu et d’environ 4 673 animaux dans tout le parc.
Comparé à 2021, le nombre d’antilopes rouannes, d’éland de Derby (Taurotragus derbianus), d’éléphants, de buffles et de phacochères est en croissance.
Il a été aussi dénombré le long de la section Faro et du côté de l’Adamaoua, précisément autour de la rivière Mayo Faro et Deo et Life-Faro, 508 hippopotames, soit 8,55 individus au kilomètre et 2,85/km², démontrant ainsi une croissance du nombre de cette espèce par rapport à 2021.
Le rapport du nombre de mâles sur celui des femelles est généralement en faveur des femelles, un indicateur intéressant pour le dynamisme et la conservation de cette faune dans ce parc de 330 000 hectares, l’un des derniers bastions de la faune sahélo-soudanienne au Cameroun.
Les résultats de cet inventaire ont pu être obtenus grâce au renforcement de la surveillance du parc, à travers les patrouilles anti-braconnage avec les écogardes, les patrouilles communautaires et les forces de défense, renforcées et appuyées par de nouveaux postes de surveillance et un centre de contrôle moderne équipé d’EarthRanger.
Le suivi écologique par le biais de pièges photographiques permet de suivre les tendances des populations et d’orienter les opérations de surveillance en conséquence.

Norbert Sonne, Directeur pays d’Africa WildLife Foundation, joint par mail, a indiqué à Mongabay que, parallèlement, des campagnes de sensibilisation sur le droit faunique et la mise en place de réseaux de renseignement villageois contribuent à dissuader les braconniers.
« Les programmes d’appui au développement des activités génératrices de revenus, comme la petite agriculture, l’apiculture et la pisciculture, réduisent la dépendance des communautés à l’exploitation directe de la faune. Ces actions conjuguées expliquent pourquoi certaines espèces emblématiques se maintiennent encore dans le Faro », a-t-il précisé.
Péril sur les pangolins, les panthères et autres mammifères
En dépit de l’augmentation des animaux dans le Parc national du Faro abritant des espèces emblématiques telles que l’éléphant, la girafe de Kordofan, l’éland de Derby, le buffle ou encore l’hippopotame du fleuve Faro et de ses affluents, la menace plane sur plusieurs espèces, même celles entièrement protégées, du fait du commerce illégal.
Sonne explique que même si certains tabous socioreligieux limitent la consommation locale, ils ne suffisent plus à protéger l’espèce face à la demande croissante des marchés internationaux, notamment pour les écailles de pangolin.
D’après lui, les pangolins sont aussi victimes de pièges non sélectifs utilisés pour capturer d’autres mammifères, ce qui provoque une mortalité collatérale élevée.
À cela, dit-il, s’ajoutent, la fragmentation des habitats par les feux de brousse et la transhumance en nette expansion à cause de la rareté de l’eau due aux changements climatiques, modifiant les corridors écologiques et augmentant la vulnérabilité de l’espèce. « Ce contexte explique pourquoi le pangolin reste l’une des espèces les plus menacées malgré certaines réalités culturelles qui auraient pu le protéger », a souligné Sonne.

« Dans le Parc national du Faro, le léopard (ou panthère) joue un rôle essentiel de prédateur régulateur dans l’écosystème soudano-sahélien. Or, notre étude révèle que cette espèce est aujourd’hui en fort déclin. D’une part, le léopard est victime de représailles (empoisonnement), lorsqu’il s’attaque aux petits ruminants en périphérie du parc, générant des conflits hommes-faune récurrents », a confié Antony Agbor, Directeur des paysages à Africa Wildlife Foundation pour le Faro.
« D’autre part, la raréfaction de ses proies naturelles, notamment les céphalophes, phacochères et singes réduits par la chasse commerciale, entraîne un déséquilibre trophique. Enfin, la dégradation et la fragmentation de ses habitats par les feux et le surpâturage réduisent considérablement ses zones de quiétude. Ces menaces cumulées expliquent la situation préoccupante du léopard dans le Faro et justifient l’insistance mise sur cette espèce dans nos résultats », ajoute-t-il.
Il explique que les pressions anthropiques sont multiples et affectent la fonctionnalité écologique du paysage. « La transhumance non régulée, souvent accompagnée de feux de brousse précoces, dégrade les habitats et fragmente les corridors de faune. Le braconnage, la pêche avec des méthodes destructrices et l’exploitation accrue du bois-énergie (accentuent la dégradation des galeries forestières et des zones humides). Ces activités réduisent la capacité du parc à remplir son rôle écologique et socio-économique à long terme », a-t-il précisé.
Il a indiqué que « les éleveurs ne se déplacent plus seulement par tradition ; ils se déplacent pour survivre ». « Si les bergers prennent l’herbe et que les mineurs empoisonnent l’eau, que reste-t-il aux animaux ? Nous perdons le parc, et avec lui, notre âme », souligne Agbor.
Les compteurs ont recommandé le renforcement des patrouilles communautaires, la construction d’une base permanente des écogardes au sud du parc, l’utilisation renforcée des pièges photographiques et l’implication des communautés locales dans la surveillance des carnivores et la lutte contre le braconnage, pour la protection de la faune et l’amélioration des moyens pour leur subsistance. « Les patrouilles luttent contre les symptômes, mais les vraies solutions naissent lorsque les gens ont d’autres moyens pour survivre hors du parc », a souligné Agbor.
« Lorsque nous arrivons en patrouille, les mineurs se dispersent dans la brousse ; cela montre à quel point il est difficile de faire respecter la loi dans un parc aussi vaste et isolé », dit Agbor à Mongabay.
Image de bannière : Une vue du Parc national de Faro au Cameroun. Image de Africa Wildlife Foundation fournie par Adrienne Engono.
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