- Dans le sud-est de la République démocratique du Congo, riche en cuivre et en cobalt, près de 50 personnes ont péri suite à une panique dans une mine artisanale.
- Les victimes sont des exploitants miniers artisanaux, appelés « creuseurs », qui tentaient à accéder à un site protégé par des militaires ayant ouvert le feu et blessé deux personnes.
- Les défenseurs des droits humains appellent les autorités à plus de formalisation de l’artisanat minier.
Comme à l’accoutumée, le matin du samedi 15 novembre, des exploitants artisanaux affluent vers la mine de Kalondo, située près de la localité de Mulondo, sur le site minier artisanal de Kawama, à 42km de Kolwezi, la capitale provinciale du Lualaba. Mais, cette fois, les militaires les repoussent en blessant deux d’entre eux par balles.
Suite aux coups de feu, les exploitants artisanaux se précipitent vers un petit pont fragile d’environ deux mètres érigé sur une tranchée creusée, dans le but de contrôler l’accès à la mine, explique un rapport circonstancié du Service d’assistance et d’encadrement de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle (SAEMAPE).
« Le pont ne supporte pas le poids et cède. Les artisanaux se marchent dessus, d’autres se noient dans la tranchée », explique Patrick Kalonji, l’un des responsables des artisanaux interrogé par Olivier Kayumba, responsable du magazine Le Temps paraissant à Kolwezi.
Ce dernier rapporte 34 morts acheminés à la morgue et une dizaine d’autres récupérés par leurs familles, ce qui fait une quarantaine au total. D’autres sources, notamment le magazine Le Temps, rapportent 49 morts, 32 d’après le rapport préliminaire du SAEMAPE.

« L’incident a été causé par les balles qu’ont tirées les militaires de la GR [la Garde Républicaine, unité de l’armée congolaise dédiées à la sécurité présidentielle, Ndlr] sur les creuseurs. Deux hommes ont été touchés par ces balles : l’un au pied et l’autre au bras. Lorsque les creuseurs ont vu les leurs fusillés, ils ont commencé à fuir », explique Kalonji.
Une militarisation des mines
Contrôlé par la société JMJ, dont l’identification reste à ce jour difficile, Kalondo a jusqu’ici régulièrement accueilli les artisanaux seulement les samedis, « à titre humanitaire », selon le SEMAPE. Mais les circonstances à l’origine du drame du ne sont pas expliqués. Les ministres des Mines et de l’Intérieur du Lualaba n’ont pas décroché nos appels. Contacté par Mongabay, le responsable du SAEMAPE au Lualaba n’a pas voulu se prêter aux questions de Mongabay, après un bref échange téléphonique, dans l’après-midi du dimanche.
« Le drame de Kalondo n’est pas un fait isolé », fait constater Donat Kambola, défenseur des droits humains et responsable de l’ONG Initiative pour la bonne gouvernance et les droits humains (IBGDH), basée à Kolwezi. Selon lui, il résulte de la militarisation des mines dans la région.
« Ce qui s’est passé hier sur le site de Kalondo est une parfaite illustration de cette militarisation. Surtout que nous parlons des militaires, semble-t-il, incontrôlés et indépendants, que même l’autorité provinciale n’arrive pas à discipliner », explique Kmabola.
« Le Code minier est clair là-dessus : les hommes en uniforme sont inéligibles dans le secteur minier, d’où ils doivent quitter sans condition pour laisser place à la police des mines, pour la sécurisation des sites », explique Mukad, responsable de la plate-forme Comprendre pour agir dans le secteur minier (CASMIA), basée à Kolwezi.

Cet incident rappelle que l’État congolais n’a toujours pas attribué des Zones d’exploitation artisanale (ZEA). Or, privés de concessions propres, ces acteurs produisent près de 20 % de cuivre et cobalt congolais. « Malgré son importance, le secteur artisanal a encore besoin d’être formalisé », estime Kambola, pour qui « personne n’a le courage de s’engager dans la formalisation du secteur, en commençant notamment par la création des ZEA pour la sécurité des Congolais ».
Pour y parvenir, indique Shadrack Mukad, « il faut de nouvelles recherches géographiques pour identifier de nouveaux gisements, afin de créer des ZEA. Il ne suffit pas seulement de dire qu’on va créer autant de ZEA ».
Mais, en attendant, propose Kambola, il faut que les miniers se désengagent des portions de leurs permis carrés miniers, au profit de l’artisanat. Ce qui requiert, selon lui, des discussions entre l’État et les industriels.
Le site de Kalondo, par exemple, est établi sur le permis d’exploitation (PE 2116) de l’entreprise chinoise Chemical for Africa (CHEMAF). C’est cet espace qu’occupe JMJ, qui en a éjecté la société coopérative minière Kany mining, connue sous l’appellation « COMIKAM », d’après le rapport du SAEMAPE.
Image de bannière : Le prix payé pour le cobalt est le principal facteur déterminant des revenus et des moyens de subsistance des mineurs artisanaux. Image de The International Institute for Environment and Development (IIED) via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0).
La difficile valorisation de la filière artisanale du cobalt et du cuivre en RDC
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