- Une récente étude met en évidence une diminution des populations de lions d'Afrique, ainsi que de leurs proies herbivores. Il est donc nécessaire de protéger ces dernières, afin d'inverser la tendance.
- Selon l'étude, la protection de ces proies pourrait contribuer à améliorer la reproduction et la croissance démographique des lions dans les zones touchées par le braconnage, l'une des principales causes du déclin de l'espèce.
- « Dans les zones bénéficiant d'une protection renforcée, la probabilité annuelle de croissance de la population de lions était de 89,3 %, alors qu'elle n'était que de 30,2 %, dans les zones bénéficiant d'une protection faible », indique l'étude.
- Cette étude souligne l'importance des programmes de conservation qui considèrent les communautés environnantes comme des alliés indispensables dans la protection des espèces, explique un expert.
BLANTYRE, Malawi — Une étude met en évidence la diminution des populations de lions d’Afrique, en raison de la baisse du nombre de leurs proies herbivores. Il est donc nécessaire de renforcer les mesures de protection de ces dernières, afin d’inverser la tendance.
Selon l’étude publiée dans la revue Conservation Science and Practice, la protection de ces proies pourrait améliorer la reproduction et la croissance démographique des lions, dans les écosystèmes touchés par le braconnage.
Selon les auteurs, les grands carnivores, notamment les lions, sont en déclin dans toute l’Afrique. Pour enrayer et inverser le déclin des grands herbivores, leurs proies, des initiatives de conservation ont été mises en place. Ces initiatives pourraient également réduire le braconnage, même dans les vastes habitats non clôturés, où vivent la plupart des lions d’Afrique (Panthera leo).

L’organisation à but non lucratif Panthera, dont les activités ont contribué aux conclusions de l’étude, affirme que les lions, tout comme les léopards, se trouvent au sommet de la chaîne alimentaire et jouent le rôle d’« espèces parapluies ». Lorsque leurs populations prospèrent et deviennent abondantes, cela conduit à la protection d’un ensemble d’espèces qui composent la communauté écologique de leur habitat et permet aux écosystèmes de se développer.
Selon l’étude, « pour améliorer considérablement les perspectives de conservation des lions, il faudrait combiner une protection renforcée et des programmes améliorés. Ces programmes comprendraient la conservation communautaire et la coexistence au sein et autour des communautés vivant avec ces populations ».
L’étude mentionne la diminution des proies, le trafic d’espèces sauvages, la perte d’habitat et les conflits entre l’homme et le bétail, comme étant des causes du déclin des superprédateurs. Actuellement, la Liste rouge de l’UICN classe le lion d’Afrique parmi les espèces vulnérables, avec un déclin estimé à 36 % au cours des 21 dernières années, selon l’évaluation réalisée en février 2023, par l’autorité mondiale en matière de conservation.
Elle souligne également que le braconnage est l’une des principales causes du déclin des proies, car les communautés vivant à proximité des zones protégées cherchent à lutter contre l’insécurité alimentaire, la pauvreté et le chômage.
Scott Creel, coauteur de l’étude et biologiste spécialiste de la conservation au sein du Zambian Carnivore Programme (ZCP), explique que, lorsque le ZCP a commencé à travailler dans le Parc national de Kafue, en 2013, il y avait bien moins de proies que l’on ne pensait.
Il explique à Mongabay : « Nous avons donc commencé à rassembler des données pour confirmer que les populations de proies étaient en déclin et que le braconnage en était la cause ».

Selon l’étude, la densité de la population de lions est directement liée à la quantité de proies disponibles et une meilleure protection des herbivores contre le braconnage pourrait permettre d’inverser la tendance.
Les chercheurs ont tenté de déterminer si une meilleure protection des grandes proies herbivores pouvait suffire à inverser le déclin de la population de grands félins, même dans de grands habitats ouverts comme le Grand Écosystème de Kafue, où l’étude a été menée.
Cet écosystème de 66 000 kilomètres carrés abrite la deuxième plus grande population de lions, de chiens sauvages, de léopards et d’hyènes tachetées de Zambie. Il compte également le plus grand nombre de guépards du pays.
À l’aide de GPS et de colliers émetteurs, ils ont suivi 358 félins sur une superficie de 8000 kilomètres carrés, dans la partie nord et centrale de l’écosystème, entre 2013 et 2021.
Les données recueillies ont démontré que la population de lions était faible, en raison de la rareté des proies et des décès causés directement par les pièges. D’autres carnivores, notamment les léopards et les lycaons, sont confrontés au même problème.
Les chercheurs ont découvert que les lionnes vivant dans des régions où des mesures de protection strictes existaient, étaient plus productives que celles vivant dans des zones où le braconnage était fréquent. Ils ont également constaté que les lions vivant dans des zones bien protégées avaient un taux de survie nettement plus élevé que ceux vivant dans des environnements moins protégés.
« Dans les zones bénéficiant d’une protection élevée, la probabilité annuelle de croissance démographique était de 89,3 %, alors qu’elle n’était que de 30,2 % dans les zones bénéficiant d’une protection faible », indique l’étude.
D’après cette étude, les populations ont la capacité de se rétablir rapidement après leur déclin dans les zones qui bénéficient d’une protection élevée. Elles peuvent même atteindre le double de leur effectif initial en l’espace de dix ans. Dans les vastes zones non clôturées, la régénération peut être lente, avec un doublement en 50 ans, à moins d’augmenter les investissements et de renforcer la protection.
« Les grands écosystèmes non clôturés offrent le plus grand potentiel en matière de conservation, mais ils sont également plus difficiles à préserver que les écosystèmes plus petits et/ou clôturés. Si cela fonctionne dans le Parc national de Kafue, cela peut fonctionner partout en Afrique », explique Creel, qui est également professeur émérite au Département d’écologie de l’université d’État du Montana, aux États-Unis.
Il insiste sur la nécessité d’améliorer la protection de la faune sauvage et de créer des opportunités pour les populations vivant à proximité des parcs nationaux, soulignant la valeur écologique et économique des lions dans la nature. « Les herbivores ont évolué dans un environnement où vivaient des prédateurs et en l’absence de carnivores, l’équilibre écologique est perturbé. La communauté végétale est affectée, et presque tout est bouleversé par ce qu’on appelle une ‘cascade trophique’ ».
Il ajoute que « les lions ont également une grande valeur économique grâce au secteur touristique ».
Phillip Muruthi, vice-président chargé de la conservation des espèces à l’African Wildlife Foundation, qui n’a pas participé à cette étude, affirme qu’elle renforce la nécessité pour les programmes de conservation de considérer les communautés environnantes, comme des alliés majeurs dans la protection des espèces.
« Il est essentiel de sensibiliser les gens aux bénéfices de la préservation des zones protégées. Par exemple, ils protègent les sources d’eau qu’ils utilisent. Ils favorisent également le tourisme, dont ils peuvent tirer profit ».
« La planification et la mise en œuvre des mesures de conservation devraient renforcer ces objectifs. Elles devraient bénéficier de manière égale aux hommes et aux espèces », ajoute-t-il.
Muruthi espère que des études complémentaires seront menées, afin d’évaluer si la stabilisation et la croissance de la population de lions dans le Parc national de Kafue, profitent à la population ou ont conduit à une escalade du conflit.
Image de bannière : des lions en Afrique du Sud. Image de Rhett Butler/Mongabay.
Références :
Creel, S., Becker, M. S., Goodheart, B., Kusler, A., Banda, K., Banda, K., … Reid, C. (2024). Changes in African lion demography and population growth with increased protection in a large, prey‐depleted ecosystem. Conservation Science and Practice, 7(1). doi:10.1111/csp2.13256
Cet article a été publié initialement ici en anglais le 21 février, 2025.