- Des systèmes intégrés de surveillance et d’alerte peuvent aider les pays africains à minimiser les risques sanitaires liés aux changements climatiques.
- Des approches communautaires d'adaptation avec des solutions innovantes et résilientes au changement climatique peuvent inverser la tendance actuelle.
- Les effets de changement climatique sur les populations en Afrique, exacerbés par l’injustice climatique, ne cessent de s’étendre.
- Les mesures d'adaptation axées sur la santé sont particulièrement sous-financées en Afrique.
L’accès limité au financement reste l’un des obstacles majeurs pour répondre aux risques sanitaires liés au changement climatique en Afrique.
Les experts réunis à la fin du mois de septembre à New York, en marge de la 80eme session de l’Assemblée générale des Nations unies, reconnaissent que les systèmes intégrés de surveillance et d’alerte peuvent aider les pays africains à minimiser les risques sanitaires liés aux changements climatiques.
La Fondation Afrique-Europe, une initiative globale, qui veut aider à générer un changement de narratif sur les relations entre l’Afrique et l’Europe, souligne que le changement climatique continue d’aggraver la crise sanitaire mondiale, entraînant la malnutrition et des maladies à transmission vectorielle, notamment en Afrique subsaharienne.
En collaboration avec le groupe Sanofi, une entreprise transnationale française basée à Paris, la Fondation Afrique-Europe s’est engagée depuis 2022, à mettre en lumière l’urgence face aux situations alarmantes créées par l’impact sanitaire du changement climatique.
Des approches communautaires d’adaptation
Une équipe mixte constituée par de nombreux experts et leaders d’opinion dans les domaines de la santé, du climat, de la philanthropie ou encore de l’action internationale en provenance de plusieurs continents, notamment des zones les plus touchées par les catastrophes climatiques, est actuellement à pied d’œuvre pour tenter de renforcer les initiatives locales sur le climat et la santé, notamment en Afrique.

Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), l’Afrique reste menacée par des pandémies et les effets du changement climatique. Les phénomènes météorologiques extrêmes, tels que les vagues de chaleur, les inondations et les sécheresses, ont des conséquences directes sur la santé des populations.
En Afrique subsaharienne, ces événements ne cessent d’entrainer une augmentation des maladies infectieuses, des troubles respiratoires, des problèmes de santé mentale, ainsi que l’insécurité alimentaire.
Dans son dernier rapport rendu public en 2024, l’OMS souligne que ces maladies peuvent pourtant être contrôlées, grâce à l’adoption de mesures de protection et à la mobilisation communautaire.
La Fondation Afrique-Europe souligne à cet effet que les approches communautaires d’adaptation avec des solutions innovantes et résilientes au changement climatique peuvent inverser la tendance actuelle. « Un flux de capitaux vers les infrastructures, la formation et le renforcement des capacités reste essentiel, pour s’assurer que ces communautés disposent des moyens susceptibles de développer des systèmes de santé résilients au climat », explique Paul Walton, directeur exécutif de la Fondation Afrique-Europe.
Un rapport publié, conjointement par Sanofi, une entreprise biopharmaceutique et la Fondation Afrique-Europe, en marge de la 80eme session de l’Assemblée générale des Nations unies, met en lumière les solutions que les pays africains peuvent développer en tirant profit du financement de la lutte contre le changement climatique.
Ce document intitulé « Risque, Résilience, Résultats : Le pouvoir d’investir dans des solutions locales pour le climat et la santé », montre que les initiatives locales en Afrique émergent aujourd’hui comme des leviers essentiels, pour favoriser des solutions concrètes en matière de lutte contre le changement climatique représentant une importante menace pour la santé humaine. « Les décideurs [en Afrique] ont besoin de privilégier l’action communautaire, les savoirs traditionnels locaux et les efforts axés sur l’équité dans leur réponse au changement climatique et à la crise sanitaire », affirme Walton, à Mongabay.

Jardins potagers au Burkina Faso
Parmi les initiatives communautaires faisant la différence aujourd’hui en Afrique, Walton cite l’exemple de l’approche « best buy » (« meilleur achat »), des interventions décrites comme étant fondées sur des données probantes, ce qui les rend plus faciles à reproduire dans des contextes divers.
Par exemple, les sécheresses dans cinq régions africaines les plus touchées varient en gravité, notamment lorsque les communautés locales sont confrontées au manque d’eau pour la consommation, l’assainissement et l’agriculture, ce qui risque d’entraîner une insécurité alimentaire, la propagation de maladies d’origine hydrique, la malnutrition ou la famine.
Au Burkina Faso, un pays du Sahel, où la sécheresse représente un des enjeux cruciaux, le développement de jardins potagers en milieu scolaire et universitaire, a été l’une des solutions ayant contribué de manière significative à assurer la sécurité alimentaire.
Dans ce contexte, les experts affirment que cette approche innovante a prouvé que la résilience des communautés à s’adapter, à survivre et à prospérer malgré les impacts négatifs du changement climatique, est particulièrement importante en cas de crise prolongée.
Plus particulièrement, la technique dite de jardins potagers dans ce pays d’Afrique de l’Ouest apparaît aux yeux des experts comme une alternative à l’accroissement de la disponibilité des feuilles, en incitant les populations à intégrer dans leurs cultures maraichères le baobab et le moringa comme des légumes.
Jean-Jacques Bahiré, Responsable Suivi-Evaluation à la Coordination nationale de la Grande Muraille Verte au Burkina Faso, estime que cette approche des jardins potagers a permis aux ménages de développer de bonnes habitudes alimentaires et de mener une vie saine et active. « Face aux phénomènes de sécheresses plus fréquents, les jardins potagers émergent comme une alternative qui permet aux ménages ruraux vulnérables d’augmenter leur sécurité alimentaire », dit-il à Mongabay.
Toutefois, Walton souligne que les approches les plus efficaces pour atténuer les risques sanitaires liés au climat, sont celles qui sont spécifiques au contexte, et qui sont ancrées dans la culture et fondées sur une forte participation communautaire, pour chaque région concernée. « Le rôle des autorités administratives locales dans la conception et dans la mise en œuvre et le suivi de ces solutions s’avère primordiale », dit-il à Mongabay.

Changement climatique, un problème de santé
Sandrine Bouttier Stref, directrice générale par intérim et Directrice de la Responsabilité sociale d’entreprise (RSE) du groupe Sanofi, partenaire dans cette campagne, estime que le changement climatique reste l’un des défis majeurs à relever, pour assurer la continuité des soins et l’efficience des systèmes de santé.
Selon elle, les effets de changement climatique sur les populations [en Afrique], exacerbés par l’injustice climatique, ne cessent de s’étendre et rentrent dans une spirale qui semble hors de contrôle. « Ces effets ne cessent d’augmenter le risque de décès, de maladies non transmissibles, d’émergence et de propagation de maladies infectieuses, et d’urgences sanitaires », dit-elle à Mongabay.
D’après les estimations de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), les coûts annuels d’adaptation au climat dans les pays en développement, pourraient atteindre 300 milliards USD en 2030, et si les objectifs d’atténuation ne sont pas atteints, jusqu’à 500 milliards USD en 2050.
Quête de financement
Le tout dernier rapport publié à l’occasion de la présente Assemblée générale des Nations unies à New York, indique que le financement annuel de l’adaptation au changement climatique s’élève actuellement à environ 21 milliards USD.
Ce montant est environ quinze fois inférieur aux 387 milliards USD nécessaires, ce qui entraîne un déficit de 366 milliards USD.
La Fondation estime que les mesures d’adaptation axées sur la santé sont particulièrement sous-financées : seulement 0,5 % des financements multilatéraux pour le climat sont consacrés à des projets liés à ce domaine, et seulement 5 % du financement global de l’adaptation au changement climatique.
Les estimations officielles montrent qu’une proportion de 10 % des financements alloués pour inverser les tendances du changement climatique, couvrant les initiatives d’atténuation et d’adaptation, sont mobilisés au niveau local, ce qui met en évidence un déficit important pour les initiatives d’adaptation sur les systèmes de santé en Afrique. « Investir dans le renforcement des capacités des autorités administratives locales s’avère primordial, car cette approche contribue à une forte mobilisation de ressources financières », affirme Walton, à Mongabay.
Image de bannière : Les risques sanitaires liés au changement climatique s’accroissent en Afrique. Image de via Ewien van Bergeijk – Kwant Wikimédia Commons (CC BY-SA 4.0).
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