- En novembre 2017, la région abritant les parcs nationaux congolais de l’Upemba et de Kundelungu, la dépression de Kamalondo, a été classée site Ramsar pour son importance écologique mondiale en tant que zone humide.
- Cette région humide constitue l’un des plus importants réservoirs d’eau du fleuve Congo. Mais elle n’attire pas assez l’attention du monde, comparativement à d’autres aires protégées.
- Le bassin de la rivière Lufira, principal affluent du fleuve Congo, qui irrigue cette région, abrite une biodiversité importante et est considérée comme un château d’eau du fleuve.
Depuis la colline de Lusinga, le quartier général du Parc national de l’Upemba (PNU), dans la province congolaise du Haut-Katanga, au lever comme au coucher du soleil, une vue panoramique, aux quatre coins cardinaux, donne sur de nombreuses collines et vallées. La météo y connaît de rapides variations, jusqu’à perturber parfois certaines activités.
C’est ce qui arrive ce 1er avril 2025. Un doux avant-midi (10 à 15°C au mercure) dédié à la remise à la retraite d’une vingtaine d’éco-gardes, change vite en temps pluvieux. Le basculement s’opère en moins d’une heure, autour de 10 heures du matin. La pluie tombe pendant plus d’une heure, puis, s’éloigne à l’horizon, laissant le ciel nuageux tout le reste de la journée. « Ici, il pleut trop. La température peut changer en un laps de temps. C’est Lusinga ! », explique Antonio Lungangi, chargé de communication du parc.
Durant les quatre jours de notre séjour à Lusinga, il a plu au moins une fois par jour comparativement à Lubumbashi, où la sécheresse s’est quasiment installée depuis mi-avril. La zone de Lusinga a une pluviométrie moyenne de 512,7mm, soit l’une des plus importantes de la région du Katanga. Elle s’établit dans la dépression de Kamondo, une zone humide, qui constitue le cœur du bassin de la rivière Lufira, affluent majeur du fleuve Congo, dans ce paysage où il prend sa source, près du village Musofi, dans le territoire de Kambove.
Trois territoires, – entité inférieure à la province –, s’y croisent : Bukama et Malemba-Nkulu, dans la province du Haut-Lomami, Mitwaba, Kambove et Kasenga dans le Haut-Katanga, et Lubudi dans le Lualaba.

Le départ de plusieurs cours d’eau
Au pied des collines qui se succèdent les unes après les autres, à perte de vue depuis Lusinga, serpentent de nombreux cours d’eau. Au moins 36 rivières dont la célèbre Lofoï, connue pour ses chutes des plus hautes d’Afrique (384m), se déversent dans la Lufira. Dans ce relief accidenté, sont aussi établis de petits lacs, à l’instar du lac Changalele, qui constituent des réserves d’eau, contribuant ainsi à l’humidité de la dépression.
« La présence des lacs signifie qu’il y a une forte évaporation. Cela fait que l’atmosphère reste humide. C’est cette évaporation qui se combine avec l’évapotranspiration de la végétation qui est très belle d’ailleurs. Et cette humidité a la capacité de favoriser la formation des nuages qui font que vous avez souvent des précipitations, même si ailleurs, elles ont tendance à disparaître », explique le professeur Jean-Pierre Djibu, climatologue à l’université de Lubumbashi en RDC.
Cette région joue un rôle important pour d’autres régions, explique Djibu. Puisque, poursuit-il, « les nuages qui se forment peuvent ne pas donner des précipitations uniquement dans cette région. Ça peut, à cause des mouvements des masses d’air, être emporté et donner des précipitations dans d’autres zones ».

Un château d’eau du bassin du Congo sous pressions croisées
Pour Christine Lain qui dirige depuis 2022, le Parc national de l’Upemba et y représente Forgotten Parks (une Fondation dédiée à la protection des parcs nationaux) partenaire de cette aire protégée, l’importance de cette région est mondiale. Il est donc urgent, selon elle, de la préserver des pressions humaines.
« On parle des forêts du bassin du Congo comme le deuxième poumon du monde d’une importance mondiale. Mais, souvent, on oublie que les forêts du bassin du Congo, sont totalement dépendantes du bassin hydrographique du fleuve Congo et que, sans la protection de ce bassin hydrographique, on risque aussi de faire disparaître ces forêts. Et, Upemba est l’un des neuf châteaux d’eau qu’on a sur le continent africain. Ce qui veut dire que c’est une [région], où beaucoup de rivières trouvent leurs sources », explique Christine Lain.
D’après « L’atlas de l’eau en Afrique », un document publié par le Programme des Nations unies pour l’Environnement (PNUE), l’appellation « châteaux d’eau » d’Afrique désigne de hautes terres boisées situées dans plusieurs bassins versants du continent, y compris les bassins transfrontaliers.
« Ils [les châteaux d’eau] stockent l’eau et contribuent disproportionnellement au flux total des rivières principales d’Afrique, lesquelles fournissent de l’eau pour l’énergie hydraulique, la flore, la faune, le tourisme, l’agriculture de petite et grande échelle, les municipalités, le transport et les services rendus par les écosystèmes », indique le document du PNUE.
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En novembre 2017, la Convention intergouvernementale Ramsar sur les zones humides, a classé le bassin de Lufira comme une zone d’importance internationale (Réserve de biosphère de l’UNESCO) et de ce fait protégé. Le rapport préalable à ce classement a établi que cette région compte une biodiversité exceptionnelle, notamment plus de 200 espèces de poissons d’eau douce, des espèces rares comme les zèbres qui habitent le Parc national de l’Upemba, ainsi que sa fonction hydrologique majeure pour le fleuve Congo et les populations environnantes.
Cette étude relève cependant des menaces telles que les pollutions (effluents industriels et militaires, eaux usées et domestiques urbaines), notamment à partir de la ville de Likasi qui est la plus proche, l’urbanisation, ou encore les feux de brousse.
Les Parcs nationaux Upemba et Kundelungu, réponse de conservation ?
La dépression de Kamalondo abrite une biodiversité foisonnante encore peu maîtrisée, comme l’illustre la réapparition en 2025 de l’antilope Lechwe dans le Parc national de l’Upemba, évoluant dans les zones humides, après plusieurs décennies sans visibilité.

D’une étendue de 4 470 993 hectares, soit 30 % plus vaste que la Belgique, la dépression de Kamalondo compte aussi pour sa capacité de captation de carbone, grâce à ses marécages et forêts. En couvrant entièrement les Parcs de Upemba et de Kundelungu, par ailleurs, ce 4e site Ramsar en RDC, s’offre comme une réponse aux menaces de pollution et de pressions anthropiques, selon Christine Lain.
Or, malgré ce statut international de la région depuis 2017, les organes de la conservation ne semblent pas encore assez susciter l’attention mondiale, comparativement à d’autres aires protégées congolaises, admet Antonio Lungangi, chargé de communication du Parc national de l’Upemba.
Dans son volet hydrologique, selon la directrice du parc Upemba, la conservation par une aire protégée offre un meilleur cadre de lutte contre les pratiques comme la chasse et la pêche illégale, identifiées également parmi les menaces à cette zone.
Les cours d’eau au sein des aires protégées se présentent, selon Lain, comme un refuge sûr des poissons. En citant une recherche des professeurs Emmanuel Abwe, Bauchet Manda et leurs collègues de l’université de Lubumbashi (entre autres) sur la Lufira, elle rapporte des découvertes inconnues depuis des années. « Il n’a même pas fait l’entièreté de la Lufira. Ils ont redécouvert plus de 100 espèces de poissons, qui n’étaient même pas répertoriées. Parmi ces espèces, certaines qui n’avaient même jamais été identifiées au niveau scientifique », explique Lain.
L’introduction croissante des activités humaines dans la région, telles que la déforestation, la chasse et la construction des bâtiments, par ailleurs, pourrait perturber un autre processus hydrologique, qui ne se réalise pas en surface, selon Jean-Pierre Djibu. Les inondations, explique-t-il à Mongabay, alimentent la nappe phréatique, qui, à son tour, alimente les cours d’eau par un écoulement hypodermique (souterrain).
Image de bannière : La rivière Lufira (amont) à Kyubo, en RDC. Image de Didier Makal pour Mongabay.
L’antilope lechwe refait surface au parc Upemba en RDC après des décennies
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