- Le recours à la culture de légumes s’est avéré une solution chez les fermiers en Afrique.
- Les rendements agricoles, notamment en Afrique subsaharienne, pourraient diminuer de 5 à 15 %, d’ici à 2050, si les événements climatiques extrêmes se poursuivent.
- Les pays africains ont besoin de restructurer leurs systèmes agricoles à travers le renforcement de la résilience et de la durabilité de leurs systèmes de production.
À Githunguri, une petite localité agricole de la province rurale centrale du Kenya, situées à une cinquantaine de kilomètres de la capitale Nairobi, Samuel Ndungu a décidé en 2023, d’abandonner le métier d’aide-maçon, sur les chantiers de construction, pour se reconvertir en maraîcher dans son village natal.
Sur un terrain modeste d’un demi-hectare, Ndungu a pu aménager la terre avec un mélange de matières organiques, comme le compost et la bouse de vaches, pour enrichir sa parcelle qu’il exploite pour la culture des légumes.
Les cultures du manioc et du maïs occupaient jusque-ici une place centrale dans l’agriculture de cette région, mais les agriculteurs avaient du mal à produire assez pour nourrir leurs familles et satisfaire le marché local.
« La culture des légumes du potager, fruits et aromates sur cet espace m’a permis d’assurer une productivité agricole résiliente et rentable, adaptée aux défis climatiques », affirme Ndungu à Mongabay.
Selon lui, l’importance de la consommation de légumes, à chaque repas, se révèle dans les multiples bienfaits nutritifs, notamment chez les petits exploitants agricoles, face à la variabilité climatique.
Des conditions climatiques défavorables
Avec les conditions météorologiques extrêmes et les régimes de précipitations variables associés au changement climatique, le recours à l’adoption de la culture des légumes s’est avéré une solution chez les fermiers, comme Ndungu, qui continuent d’être confrontés à de fortes contraintes qui ne leur permettent pas d’améliorer leur productivité.
Les experts agricoles et du climat estiment que les conséquences, qui découlent de ces conditions climatiques défavorables, notamment en Afrique subsaharienne, continuent d’être l’une des principales causes de la pénurie alimentaire, l’insuffisance d’eau dans les écosystèmes, ainsi que des épidémies de maladies infectieuses, qui ne cessent d’entrainer des pertes de la biodiversité.
Au Kenya, par exemple, un grand nombre d’exploitants agricoles, qui produisent en grande partie des légumes et des fruits, continuent d’être parmi les plus touchés par les effets du changement climatique, en raison de la sensibilité de leurs cultures aux changements de température et de la disponibilité en eau.

L’adoption de ces pratiques dans des chaînes de valeurs agricoles spécifiques, à travers les innovations que les petits producteurs doivent adopter pour maintenir une production en hausse, dans un climat de plus en plus chaud et sec, et les stratégies pour pérenniser ces approches, figurent parmi les efforts consentis pour inverser la tendance actuelle en Afrique subsaharienne.
Au Kenya, comme ailleurs dans d’autres pays africains, les experts affirment que le changement climatique continue d’avoir de fortes répercussions sur les productions agricoles, à travers des phénomènes extrêmes comme les canicules, les sécheresses, la salinisation ou encore l’augmentation des ravageurs et des maladies.
Incidence néfaste sur la sécurité alimentaire
Le tout dernier rapport de synthèse du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), rendu public en 2023, indique qu’en moyenne, les rendements agricoles, notamment en Afrique subsaharienne, pourraient diminuer de 5 à 15 % d’ici à 2050 si les événements climatiques extrêmes se poursuivent.
Dans ce rapport du GIEC, une synthèse de 35 études portant sur près de 1 040 lieux et cas montre, que les rendements des cultures diminuent en moyenne avec l’augmentation du réchauffement climatique, pour toutes les cultures de base en Afrique, y compris en tenant compte de l’augmentation du CO2 et des mesures d’adaptation.
« Les impacts observés et les risques prévus pour les cultures, en Afrique subsaharienne sont importants », explique à Mongabay, Patricia Nying’uro, chercheuse principale au Département de météorologie du Kenya Point focal du GIEC.
Selon elle, le changement climatique représente une menace croissante pour la production agricole sur le continent, avec des implications particulièrement sévères sur la productivité et la sécurité alimentaire.
Tous les acteurs de la chaine de valeurs agricoles sont persuadés qu’en Afrique subsaharienne, la dépendance excessive à l’agriculture pluviale, les changements climatiques tels que les régimes pluviométriques irréguliers et peu fiables, de même que la croissance rapide de la population, soulèvent de sérieuses des préoccupations en matière d’approvisionnement alimentaire.
Toutefois, des solutions comme l‘intégration des légumineuses dans les systèmes techniques de production agricole émergent, comme des réponses efficaces, en Afrique subsaharienne, offrant des alternatives novatrices, pour renforcer la résilience des cultures face aux aléas climatiques.
Une étude récente d’aout 2025, dans la revue scientifique Plos One, révèle que pour faire face aux impacts du changement climatique en Afrique, les pays ont besoin de restructurer leurs systèmes agricoles, à travers le renforcement de la résilience et de la durabilité des systèmes de production.
« Avec la culture des légumes, les différentes méthodes d’irrigation par pivot, par aspersion ou par goutte-à-goutte, se sont avérées plus efficaces, face au changement climatique », affirme Meseretu Melese, chercheur au Département des ressources en eau et de l’ingénierie de l’irrigation de l’université Arba Minch, au sud de l’Éthiopie.

Amélioration des systèmes de culture à base de légumineuses
Dr Melese et son équipe ont axé leur étude sur les cultures de maïs et de haricot (légumineuses), ce qui leur a permis de tirer la conclusion que la productivité agricole a chuté, en raison de mauvaises pratiques culturales.
En effet, une grande majorité de fermiers ayant adopté la culture de maïs ont été confrontés à des pénuries alimentaires répétitives sans précèdent, durant les périodes annuelles allant de février à juin.
Cette étude, qui a ciblé un échantillon aléatoire de 847 ménages, dans le sud de l’Éthiopie, a été utilisée pour évaluer l’impact des caractéristiques des ménages, de la propriété foncière, ainsi que des variations saisonnières et des défis agricoles sur les céréales et les légumineuses.
« Les agriculteurs [en Afrique] ont besoin de produire davantage avec la même surface, et l’adoption des systèmes de culture à base de légumineuses pourrait jouer un rôle important dans l’amélioration de la sécurité alimentaire et nutritionnelle », affirme Dr Melese à Mongabay.
Selon lui, l’intensification agricole s’avère indispensable pour augmenter la productivité des parcelles fragmentées, maintenir la fonction écologique en optant pour les fruits et légumes de saison.
Si les techniques d’irrigation moderne ont contribué à l’amélioration de la productivité agricole dans certaines zones rurales éloignées, comme le petit village rural de Githunguri au centre au Kenya, la nouvelle étude montre que l’intégration de légumineuses à maturation précoce, dans le système agricole, permettrait également de faire face aux phénomènes récurrents de pénurie alimentaire en Afrique.
« Le réchauffement climatique a des conséquences directes sur la production agricole essentiellement sur des légumineuses sur le continent », soulignent les auteurs de cette recherche.
En effet, de nombreux agriculteurs ont révélé que le coût des engrais chimiques dans les pays les plus touchés par la sècheresse, a explosé au cours des dernières années, alors que l’inoculation et l’enrobage des semences figurent parmi les solutions recommandées par les auteurs de l’étude, pour introduire des légumineuses dans les systèmes de culture sur le continent.

Les estimations de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), montrent que les fruits et légumes ont été longtemps considérés en Afrique comme des produits de luxe et ont, dans le passé, été largement cultivés pour être consommés, par un groupe d’élites.
La FAO déplore que, pour faire face aux problèmes d’approvisionnement alimentaire liés à une croissance rapide de la population, la plupart des gouvernements en Afrique ont jusqu’ici concentré leurs efforts sur la promotion et l’intensification de la production des principales cultures vivrières, essentiellement les céréales, base d’un apport calorique.
En Afrique, la production horticole est une activité typique des petites exploitations ou des jardins familiaux, là où les rendements moyens sont relativement bas, comparés aux niveaux atteints dans les autres systèmes commerciaux de production ou sur les autres continents.
À Githunguri, les petits exploitants agricoles, comme Ndungu, affirment que la culture de légumes, présente aujourd’hui des avantages économiques indéniables, au-delà de ses prérogatives dans la lutte contre l’insécurité alimentaire des ménages en milieu rural.
Toutefois, l’étude souligne que la mobilisation des petits exploitants agricoles autour de l’utilisation d’inoculant à rhizobium pour traiter les semences de légumineuses, reste l’un des défis à surmonter en vue d’améliorer considérablement leur production agricole. « Les petits exploitants dans le monde rural ont toujours du mal à faire recours à ces techniques pour assurer l’accès à une alimentation suffisante saine et durable », confie Ndungu, à Mongabay.
Image de bannière : L’intégration de légumineuses dans les systèmes agricoles comme ici à Githunguri au centre du Kenya permet aux petits agriculteurs, qui disposent de peu de ressources, d’améliorer la santé et la résilience à long terme de leurs sols. Image fournie par Aimable Twahirwa.
Citation :
Melese, M., Getachew, B., Woldemeskel, E., Gunnabo, A. H. (2025). Legume integration in smallholder farming systems for food security and resilience to climate change. PLoS One 20(8) : e0327727. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0327727
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