- Les effets de changement climatique ne cessent de s'accentuer à un rythme alarmant en Afrique de l’Est.
- En Afrique, des pâturages couvrent 43 % du continent et comprennent des forêts, des zones arbustives et des prairies.
- L’adoption d’une nouvelle approche basée sur l’apprentissage automatique, qui intègre les données de biomasse dérivées de la télédétection aux projections climatiques, a été la clé, pour déterminer la vulnérabilité des pâturages et proposer des stratégies d’adaptation aux effets du changement climatique.
- La Grande Corne de l’Afrique a besoin d’améliorer ses systèmes de fourniture de services météorologiques et climatiques pour parvenir aux utilisateurs finaux aux communautés pastorales.
Le changement climatique menace de plus en plus l’élevage en Afrique de l’Est, avec de graves conséquences pour la sécurité alimentaire, les moyens de subsistance en milieu rural et les émissions de gaz à effet de serre.
Les résultats d’une étude récente impliquant une équipe de chercheurs issus de différentes universités en Éthiopie, aux Pays-Bas et au Canada, projettent une réduction de 37 % du nombre de têtes de bétail au niveau des zones d’élevage en Éthiopie, comparativement au Kenya, qui va connaître une réduction allant jusqu’à 24 % dans le même système de production.
Cette recherche, publiée en août 2025, dans la revue Regional Environmental Change, indique qu’en tenant compte des effets de changement climatique, qui ne cessent de s’accentuer à un rythme alarmant dans la sous-région, des hausses modestes sont prévues pour certains systèmes de productions animales.
Les projections de l’étude montrent que l’Ouganda et le Kenya figurent parmi les pays qui seront les plus touchés par rapport à d’autres zones au niveau de la sous-région.
Les auteurs de l’étude affirment que les principaux facteurs climatiques à l’origine des baisses projetées comprennent une augmentation de la fréquence ou de l’intensité des précipitations intenses durant la saison humide, ainsi que des températures qui vont augmenter pendant l’été.

Enquête de terrain et leurs limites
Comme les méthodes traditionnelles d’estimation de la capacité de charge du bétail présentent des limites, cette recherche a fait recours à une combinaison de techniques d’apprentissage automatique et de méthodologies empiriques, en l’occurrence l’intelligence artificielle ou l’exploration des données, pour présenter de nouvelles perspectives quantitatives, sur la manière dont le changement climatique affectera la production animale en Afrique de l’Est.
Dans leurs observations, les auteurs de l’étude estiment que les enquêtes de terrain ne peuvent pas saisir la variabilité spatiale, ni la nature dynamique des pâturages à l’échelle régionale, en raison du fait que la collecte des données fiables sur le changement climatique sur le secteur de l’élevage et des pâturages reste souvent inadaptée en Afrique de l’Est.
Bien que des recherches supplémentaires soient nécessaires, l’étude souligne l’urgence de mettre en œuvre des stratégies d’adaptation appropriées dans les systèmes mixtes de cultures et d’élevage pluviaux tempérés, en particulier en Éthiopie, avec un accent sur le renforcement des systèmes de surveillance.
Parallèlement, le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda ont la possibilité de tirer parti des augmentations prévues de leur capacité de charge, pour promouvoir une croissance durable de la productivité, tout en privilégiant le développement d’un élevage à faibles émissions.

Les changements saisonniers et leurs effets
Gulilat Tefera Diro, chercheur au Centre météorologique canadien (CMC) et co-auteur de l’étude, affirme que l’adoption d’une nouvelle approche basée sur l’apprentissage automatique, qui intègre les données de biomasse dérivées de la télédétection aux projections climatiques, a été la clé pour prévoir avec exactitude la distribution dans le temps et l’espace de la biomasse au pâturage au niveau de la sous-région. « Les analyses conventionnelles sont biaisées et reflètent rarement les contextes pastoraux en Afrique de l’Est », dit-il à Mongabay.
Selon l’Institut international de recherche sur l’élevage (IRLI, sigle en anglais), les pâturages couvrent plus de la moitié de la surface terrestre de la planète et sont essentiels à la production animale ; plus de 80 % des pâturages mondiaux servant à cet effet.
Plus particulièrement en Afrique, ces vastes régions couvrent 43 % du continent et comprennent des forêts, des zones arbustives et des prairies. « Le fonctionnement de ces écosystèmes, ainsi que leur capacité à soutenir le bétail, sont fortement influencés par les facteurs climatiques », dit pour sa part, Dr Confidence Duku, auteur principal et chercheur au Centre de recherche environnementale de l’université de Wageningue aux Pays-Bas.
Baisse substantielle de la capacité de charge
Malgré l’importance de la production animale en Afrique de l’Est, l’étude déplore une mauvaise quantification et une faible documentation à l’échelle sous régionale de l’impact du changement climatique sur la productivité animale et la capacité de charge des pâturages.
L’Autorité Inter-Gouvernementale pour le Développement (IGAD), une organisation regroupant les pays de l’Afrique de l’Est et de la Corne de l’Afrique, dans sa stratégie 2023-2027 de développement du secteur de l’élevage, déplore qu’au niveau des pays touchés par la sécheresse dans la sous-région, la quantité de fourrage est souvent insuffisante compte tenu de la densité élevée du bétail présent dans les pâturages.
Au niveau des pays situés dans des zones les plus humides [en Afrique de l’Est], l’IGAD observe que malgré l’abondance des réserves d’aliments pour les animaux, la qualité du fourrage reste généralement médiocre. À cela, s’ajoute la conversion des pâturages en terres cultivables, en raison de l’augmentation de la population dans certains pays.

Sonnette d’alarme
Mohamed Abdi Ware, secrétaire exécutif adjoint de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), estime que la gestion mobile des troupeaux pastoraux peut se traduire par de faibles émissions nettes de gaz à effet de serre si les fermiers tenaient compte du potentiel de séquestration du carbone dans les pâturages.
Selon lui, l’élevage de bétail au niveau des pâturages n’est pas toujours néfaste pour l’environnement, lorsqu‘elle est pratiquée avec des solutions alternatives locales. « La bonne connaissance locale des environnements de pâturage au niveau des pays de la sous-région offre de nombreuses possibilités d’atténuation des effets du changement climatique, lorsqu’elle œuvre en faveur des conditions locales », dit-il à Mongabay.
Si l’étude met en évidence le lien profond entre le changement climatique et la capacité de charge du bétail dans différents systèmes de production en Afrique de l’Est, les projections récentes du Centre de Prévision et Application climatiques de l’IGAD (ICPAC), une institution de recherche sur le climat basée à Nairobi, au Kenya, indiquent que la Grande Corne de l’Afrique est en première ligne face à la crise climatique. « La sous-région a toujours besoin d’améliorer ses systèmes de fourniture de services et de produits d’information pour parvenir aux utilisateurs finaux », confie Ware, à Mongabay.
D’après ses explications, il y a un besoin pressant de mettre en place des systèmes météorologiques efficaces permettant de déclencher en temps utile des processus de planification adaptative dans différents secteurs clés, dont notamment l’élevage.
Image de la bannière : Une vache broute dans un pâturage luxuriant à Mmokolodi au Botswana. Image de Christian Baffyvia Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0).
Citation :
Duku, C., Diro, G.T., Demissie, T. & al. (2025). Climate change impacts livestock carrying capacity in East Africa. Reg Environ Change 25, 110. https://doi.org/10.1007/s10113-025-02440-7
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