- Un nouveau cadre de coopération annoncé au deuxième Sommet africain sur le climat vise à mobiliser plus de 100 milliards USD auprès des institutions financières de développement africaines, des banques et la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAF), pour mettre en œuvre l’Africa Green Industrialization Initiative (AGII).
- Le pays hôte, l’Éthiopie, a mis en avant le reboisement, le blé résilient au climat et l’hydroélectricité, et a proposé un Pacte africain pour l’innovation climatique, pour faire émerger 1 000 solutions locales d’ici à 2030, afin de positionner l’Afrique comme « exportateur net de solutions climatiques ».
- La société civile salue cette appropriation de l’Afrique à trouver des solutions locales à la crise climatique, mais avertit que le financement climatique vers le continent reste dominé par les prêts. Elle réclame des conditions de type subvention, l’opérationnalisation du financement pertes et dommages et des réformes des banques multilatérales de développement, pour une équité à la hauteur de l’ambition.
ADDIS-ABEBA (Éthiopie) — Les dirigeants africains prenant part cette semaine, à Addis-Abeba, au deuxième Sommet africain sur le climat (ACS2), ont appelé à un nouveau partenariat mondial, pour faire du continent le moteur des solutions climatiques au lieu d’un simple bénéficiaire d’aide.
Le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed déclare à l’ouverture du sommet, le 8 septembre : « Nous ne sommes pas ici pour négocier notre survie. Nous sommes ici pour concevoir la prochaine économie climatique mondiale ».
Le programme de trois jours du sommet est axé sur les solutions fondées sur la nature, la technologie et les systèmes énergétiques, sur l’adaptation et la résilience, et le « financement des solutions dirigées par l’Afrique ». Selon les organisateurs, l’objectif est de combler l’écart persistant entre les promesses politiques et les projets finançables.
Pour faire avancer cette approche « solutions d’abord » au-delà du stade des discours, les pays réunis autour de l’Éthiopie ont présenté plusieurs initiatives nationales : une campagne « Héritage vert » qui, selon le gouvernement éthiopien, a mis en terre plus de 48 milliards de plants depuis 2019 ; un programme de blé résilient au climat et une initiative nutritionnelle (Yelemat Tirufat), pour réduire les importations et augmenter les revenus ruraux et des progrès vers la mise en service du barrage de la Renaissance (GERD) de 5 000 mégawatts, comme pilier de l’électricité propre à l’échelle régionale.
Dans les transports et l’urbanisme, Abiy a évoqué des plans pour éliminer progressivement les carburants fossiles et déployer des corridors urbains « verts, inclusifs et intelligents ».
Abiy Ahmed a assorti ce portefeuille national d’une proposition continentale : un Pacte africain pour l’innovation climatique (ACIC) reliant universités, centres de recherche, start-up et communautés, pour faire émerger 1 000 solutions africaines d’ici à 2030, avec à la clé 50 milliards USD par an de financements mixtes.

« Exportateur net de solutions climatiques »
Au premier jour des travaux, un document consulté par Mongabay, présente la conférence comme une voie pour faire de l’Afrique un « exportateur net de solutions climatiques », en phase avec l’Agenda 2063 et l’Accord de Paris.
Si le Pacte vise à organiser le pipeline de solutions, le versant financier a pris encore plus d’ampleur : des banques de développement africaines et des prêteurs commerciaux ont annoncé un cadre de coopération pour faire avancer l’AGII, avec des engagements de « plus de 100 milliards USD » destinés à bâtir des pôles industriels alimentés par les énergies renouvelables et des chaînes de valeur « vertes ».
Au nombre des signataires, figurent la Banque africaine de développement, Afreximbank, Africa50, Africa Finance Corporation et plusieurs grands groupes bancaires du continent, en coordination avec le Secrétariat de la ZLECAf.
Le président kényan, William Ruto, a présenté l’accord comme un passage « de la conversation à la collaboration concrète », tandis que Wamkele Keabetswe Mene, secrétaire général de la ZLECAf, a résumé ainsi l’esprit : « mobiliser d’abord le capital africain », pour passer du statut de demandeur à celui de partenaire d’investissement.
Ce langage « bancable » — projets, corridors, pipelines désensibilisés — colle au thème du sommet : « Accélérer les solutions climatiques mondiales : financer un développement africain résilient et vert », et à la promesse des organisateurs de « passer des idées à l’action ».
Il rejoint aussi un argument géopolitique plus large : même dans un monde fragmenté, investir en Afrique a un intérêt stratégique, là où le reboisement peut changer d’échelle, où l’agriculture climato-intelligente peut nourrir des millions de personnes, et où l’industrie peut se décarboner sans répéter les émissions du passé.

Un récit des solutions — tempéré par les réalités du financement
La société civile et des groupes de recherche saluent cette volonté de l’Afrique à identifier des solutions endogènes pour faire face à la crise climatique, tout en avertissant que la conception et la comptabilité du financement climatique échouent encore à des tests élémentaires d’équité.
Une nouvelle analyse de Development Initiatives (DI) indique qu’en 2022, près des deux tiers (64,8 %) des 8,33 milliards USD d’APD « action climat » à destination de l’Afrique, sont arrivés sous forme de prêts, et non de subventions — alourdissant la dette y compris dans des pays parmi les moins responsables de la crise.
Les chercheurs notent aussi que l’adaptation, priorité n° 1 pour l’Afrique, reste massivement financée par la dette et concentrée dans un petit nombre de pays.
Les pays les moins avancés d’Afrique ont reçu la majorité de leur APD d’adaptation sous forme de prêts (56,9 %), et l’IDA (Banque mondiale) a délivré 83 % de son soutien à l’adaptation sous forme de prêts la même année, selon les données de DI.
Des organisations de la société civile engagées pour la justice climatique soulignent que comptabiliser des instruments remboursables comme « financement climatique » masque qui supporte réellement l’effort budgétaire.
Une ligne de critique, qui rejoint des positions du Groupe africain de négociateurs, veut que les prêts (et certains obligations) ne soient pas comptés comme financement « fournie par les donateurs », ou à tout le moins que la charge soit imputée aux contributions des bénéficiaires, plutôt qu’aux promesses des donateurs au titre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC).
Le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a appelé à un financement climatique « juste, significatif et prévisible » et à une justice climatique qui reconnaisse à la fois la vulnérabilité de l’Afrique et son rôle de fournisseur de solutions.
L’Accord de Paris appelle d’ailleurs les bailleurs à prioriser les ressources publiques et sous forme de subventions, pour l’adaptation dans les pays les plus vulnérables. Une exigence que la société civile veut voir inscrite dans le prochain objectif mondial de financement.

Ce que 100 milliards USD pourraient changer et ce qu’il faut surveiller
Les promoteurs du cadre AGII insistent : la cible des 100 milliards USD n’est pas un guichet unique, mais un mandat pour mobiliser l’argent autour de projets concrets, comme les parcs industriels alimentés par des énergies renouvelables, les chaînes de valeur batteries et carburants verts, et l’interconnexions transfrontalières, pour amener des électrons propres dans les usines. Les priorités incluent la mobilisation des institutions financières domestiques, l’alignement des normes sous la ZLECAf et la mise en place de plateformes communes de préparation de projets, pour accélérer les clôtures financières.
Reste une épreuve décisive : le capital africain peut-il réellement mener et attirer des flux confessionnels et privés, sans accroître le stress de la dette ? La formule « mobiliser d’abord le capital africain » est politiquement puissante, mais des analystes et des militants, dont l’Alliance panafricaine pour la justice climatique (réseau de plus de 2 000 organisations de base), rappellent que l’adaptation exige des conditions de type subvention, afin de ne pas transférer le risque vers les plus vulnérables.
Autre condition : des partenaires extérieurs à l’Afrique traduiront-ils leurs discours en actes, y compris via des réformes demandées depuis la COP27, du modèle économique et de l’appétence au risque des banques multilatérales de développement ?
Pour l’heure, la chorégraphie d’Addis met en scène un récit hybride : autonomie et deal-making à domicile, associées à des exigences plus nettes d’équité à l’international. Dans une formule qui résume ce virage, Abiy a lancé à ses partenaires : « Ne nous financez pas, parce que nous sommes impactés ; investissez avec nous, parce que nous sommes visionnaires ».
Le gouvernement éthiopien a aussi profité pour annoncer sa candidature pour accueillir la COP32, en 2027, tandis que le Brésil a invité l’Afrique à contribuer à l’élaboration de l’agenda de la COP30, qu’il organise en fin d’année à Belém.
Image de bannière : Centrale solaire à la périphérie de la capitale zimbabwéenne, Harare. Image de Tsvangirayi Mukwazhi/AP Photo.
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