- Les négociations à Genève sur un traité mondial contre la pollution plastique incluent la question de plus de 16 000 substances chimiques présentes dans les plastiques, dont la majorité ne sont pas réglementées et certaines dangereuses pour la santé et l’environnement.
- La complexité chimique des plastiques freine leur recyclage, qui reste inférieur à 10 %, poussant les experts à recommander une réduction drastique de la production pour les usages non essentiels.
- Les recycleurs de déchets plastiques demandent que le traité prenne en compte la reconnaissance de leur statut, de meilleures conditions de travail et un soutien international.
Plus de 16 000 substances chimiques sont utilisées, ajoutées ou présentes comme impuretés au cours du cycle de vie des plastiques. Ces substances sont nocives pour l’être humain et pour l’environnement et rendent le recyclage du plastique difficile.
La régulation de ces produits est discutée en ce moment à Genève en Suisse, où se tient la deuxième partie de la cinquième session du Comité intergouvernemental de négociation (INC 5.2), chargé d’élaborer un traité sur la pollution par les matières plastiques, y compris dans l’environnement marin.
Joseph Ganongo, qui suit les pourparlers pour la République du Congo, résume l’enjeu: « Au niveau du groupe africain, nous recevons l’appui de la coalition scientifique. Les scientifiques nous ont démontré qu’il n’y a que 6 % des produits chimiques du plastique qui sont déjà en réglementation dans d’autres conventions. Donc, il reste 94 % de produits chimiques que nous devons prendre en compte dans le cadre de cet instrument ».
Il ajoute : « Dans les 94 %, il y a un peu plus de 20 % des produits dont on ne connaît pas encore la composition, ce qui est préoccupant. Les scientifiques n’ont pas encore étudié ces produits, mais ils ont promis de nous accompagner une fois le traité adopté, et pour cela, un comité scientifique devra nécessairement être mis en place ».
Parmi les produits chimiques déjà identifiés, le texte du traité en cours de finalisation dont Mongabay a eu une copie, cite certains qui sont définis comme « produits chimiques préoccupants ».
On y trouve, par exemple, les phtalates, additifs qui assouplissent le plastique et que l’on retrouve surtout dans des plastiques souples comme certains anciens jouets pour enfants, les câbles, les tuyaux, les films d’emballage, les colles et les encres. Les phtalates peuvent migrer du plastique vers les aliments, l’air ou la poussière, puis se retrouver dans le corps humain et animal.
Autre exemple : le bisphénol A, utilisé pour fabriquer des plastiques rigides et des vernis qui tapissent l’intérieur de certaines boîtes et canettes.
Ces substances peuvent dérégler les hormones et, à certains degrés d’expositions, nuire à la fertilité et au développement.
Plusieurs pays restreignent déjà certains usages ; tous les produits n’en contiennent pas aujourd’hui, mais le traité veut réglementer leur utilisation de manière globale et contraignante.
Au cours de la plénière du 9 août, l’Azerbaïdjan a indiqué que le fait que certains produits chimiques soient visés dans le texte aura des répercussions économiques pour certains États.
De son côté, Neil Tangri, membre fondateur de The Global Alliance for Incinerator Alternatives (GAIA), une ONG qui participe aux négociations en qualité d’observateur, a publié une tribune dans laquelle il propose d’utiliser l’influence commerciale des pays qui signeront le traité, en imposant des règles strictes aux entreprises qui veulent vendre sur leurs marchés, afin d’inciter toute l’industrie à adopter de meilleures pratiques.
Il prend l’exemple de l’Union européenne, qui impose à toutes les entreprises vendant sur son territoire, qu’elles soient européennes ou non, des obligations strictes de transparence sur les produits chimiques.
Selon lui, intégrer des dispositions similaires dans le traité permettrait, non seulement d’améliorer la transparence sur les substances présentes dans les plastiques, mais aussi de réduire progressivement l’usage des produits chimiques préoccupants, en incitant les entreprises à adopter des alternatives non dangereuses dans l’ensemble de leur chaîne d’approvisionnement.

Substances non ajoutées volontairement
Au-delà de ces produits déjà connus et réglementables, se pose la question des substances non intentionnelles. Cette question chimique est d’autant plus complexe que, comme l’explique à Mongabay, Stéphanie Reynaud, chercheure au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) de France, et à l’université de Pau en France, le plastique n’est jamais « pur ».
À l’en croire, à sa brique de base s’ajoutent des additifs pour la souplesse, la couleur et la résistance, ainsi que des substances non ajoutées volontairement, appelées Non Intentionally Added Substances (NIAS), qui apparaissent au fil de la vie du produit. Cette réaction peut se produire parce que le plastique, comme une éponge, absorbe d’autres molécules, ou à cause de contaminations lors de la fabrication, de l’usage ou du recyclage.
Ces mélanges chimiques complexes et cette accumulation au fil du temps, dit-elle, rendent difficile leur identification et leur maîtrise, avec des risques potentiels encore mal connus. Le traité devra donc réguler l’usage des additifs chimiques connus et des NIAS. « À partir du moment où les NIAS sont non intentionnels, il peut être compliqué de connaître leur liste exhaustive et leur quantité dans un produit. Alors, la science et les résultats scientifiques disent que pour contrôler, éliminer la pollution plastique, il faut d’abord contrôler le niveau de production », précise Reynaud.
Elle recommande également d’éliminer le plastique de courte durée de vie, de réduire le nombre d’additifs, de retirer ceux jugés préoccupants, de n’autoriser de nouveaux produits qu’avec des preuves d’innocuité, et enfin d’imposer un étiquetage chimique des plastiques pour rendre la composition transparente et faciliter la traçabilité tout au long du cycle de vie.
Ces difficultés chimiques ont un impact direct sur la capacité à recycler efficacement les plastiques, ce qui amène les négociateurs à examiner aussi la question du recyclage.

Difficile recyclage
Chaque année, environ 400 millions de tonnes de plastique sont produites dans le monde, l’équivalent d’environ 60 000 terrains de football, mais « moins de 10 % sont recyclés à l’échelle mondiale », dit Reynaud.
Du fait de leur conception, certains éléments en plastique sont très difficiles à recycler et les acheteurs pour ces matériaux sont rares. « La diversité des additifs chimiques peut aussi empêcher un recyclage pour le même produit. Par ailleurs, les micro et nanoplastiques sont générés tout au long du cycle de vie et se retrouvent partout, y compris dans le corps humain, ce qui limite le recyclage comme solution unique », précise-t-elle.
Face à cette situation, Ewoud Lauwerier, spécialiste de la politique sur le plastique chez OceanCare, une organisation internationale intervenant dans la protection des océans et de la vie marine, rappelle qu’il existe des usages indispensables du plastique, comme dans certains domaines médicaux, mais qu’il n’est pas nécessaire dans de nombreux emballages. « Il faut désormais réduire la production de plastique de façon drastique, en ciblant surtout les usages non essentiels. Pour le plastique qui restera, il faut réduire le nombre de produits chimiques incorporés, afin de rendre les objets plus faciles à réutiliser », explique-t-il à Mongabay.
Il plaide également pour encadrer le marketing autour du plastique, estimant que la demande a été largement créée par la publicité, et propose de s’inspirer des restrictions appliquées au tabac et à l’alcool.

Une transition juste pour les collecteurs
La réduction de la production et la transformation des usages entraînera toutefois des enjeux sociaux majeurs, notamment pour les travailleurs qui vivent du plastique. Les recycleurs jouent aujourd’hui un rôle important dans la réduction de la pollution. L’article 10 du traité en négociation prévoit que sa mise en œuvre s’accompagne d’une « transition juste, équitable et inclusive », protégeant et soutenant les travailleurs, y compris ceux de l’industrie plastique, les travailleurs informels et les communautés vulnérables. Les pays développés, reconnus comme ayant une responsabilité historique, devraient fournir un soutien financier, technologique et en renforcement des capacités aux pays en développement et aux économies en transition, afin de limiter les impacts socio-économiques négatifs.
John Chweya, est président de l’Association nationale kenyane pour le bien-être des ramasseurs de déchets, qui regroupe plus de 36 000 membres.
Il appartient également à l’Alliance internationale des ramasseurs de déchets et milite pour une reconnaissance officielle et un soutien concret aux collecteurs. Chweya demande une transition juste pour les communautés qui travaillent depuis longtemps sur la crise du plastique sans n’être reconnues ni intégrées aux politiques publiques.
Pour lui, cette transition inclut des conditions de travail sûres, une reconnaissance et formalisation du métier par les autorités, ainsi qu’une rémunération correcte et des protections sociales comme l’assurance maladie et la couverture sociale. « La demande est faite au niveau mondial, car les récupérateurs de différents pays font face à des défis similaires. Mon souhait est que le traité mentionne explicitement les récupérateurs et inclut la transition juste pour eux. Les gouvernements doivent aussi améliorer les conditions de travail des récupérateurs afin de restaurer leur dignité et mieux les rémunérer », dit-il à Mongabay.
Image de bannière : Concassa déchets plastiques en morceaux utilisés pour la fabrication d’autres matières ou produits. Image de Dappasolomon001 via Wikimédia Commons (CC BY-SA 4.0).
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