- La construction de 37 villas de luxe a commencé sur l’île d’Assomption aux Seychelles. Assomption est considérée comme la porte d’entrée vers l’atoll d’Aldabra, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO et abritant l’une des dernières populations de tortues géantes.
- Selon les défenseurs de l’environnement, le complexe hôtelier représente une menace pour l’ensemble des îles et atolls d’Aldabra (Aldabra, Assomption, Cosmoledo et Astove), en raison du risque d’introduction d’espèces exotiques envahissantes.
- Les militants soulignent que l’étude d’impact environnemental et social (EIES) du projet a été réalisée à la hâte, qu’elle ne respecte pas les normes internationales et qu’elle est entachée de conflits d’intérêts.
- Un représentant de l’entreprise publique seychelloise, qui est chargée des projets de construction sur des îles comme Assomption et Aldabra et qui vise à transformer l’île en un « centre d’activités générateur de revenus », soutient que le complexe hôtelier sera un moyen de stimuler l’économie sur ces îles et d’attirer davantage de Seychellois vers ces zones reculées.
Les travaux ont débuté pour la construction d’un complexe hôtelier de luxe sur l’île d’Assomption, aux Seychelles, à proximité d’un atoll corallien classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, et considéré comme l’un des endroits les plus reculés et préservés de la planète.
L’île d’Assomption est la porte d’entrée vers l’atoll d’Aldabra, qui abrite les célèbres tortues géantes d’Aldabra (Aldabrachelys gigantea), pouvant vivre plus de 100 ans. Chaque année, entre juillet et septembre, les baleines à bosse (Megaptera novaeangliae) migrent vers les eaux entourant ces îles pour mettre bas, tandis que les tortues vertes (Chelonia mydas) remontent les plages pour y pondre leurs œufs. Le lagon d’Aldabra et ses eaux côtières sont aussi connus pour abriter les seuls dugongs (Dugong dugon) identifiés à ce jour aux Seychelles.
Le projet, soutenu par la société immobilière qatarie Assets Group, prévoit la construction d’un complexe hôtelier comprenant 37 villas et 4 restaurants, ainsi que l’extension de la piste d’atterrissage d’Assomption. Selon les défenseurs de l’environnement, le projet menace l’ensemble des îles et atolls d’Aldabra (Aldabra, Assomption, Cosmoledo et Astove).
« Le risque en matière de biosécurité est élevé », fait observer la jeune défenseuse de l’environnement seychelloise et porte-parole de Friends of Aldabra, Victoria Duthil, actuellement étudiante en Australie, lors d’un entretien avec Mongabay. « L’introduction d’espèces exotiques envahissantes pourrait entraîner une destruction totale de l’écosystème d’Aldabra. Or, c’est justement son isolement géographique qui lui a permis de rester un écosystème intact et autonome ».
Les groupes qui s’opposent à la construction du complexe hôtelier se sont rassemblés sous la bannière de Friends of Aldabra. L’initiative est menée par Overstories, une agence de relations publiques spécialisée dans les questions environnementales, auprès de laquelle Victoria Duthil occupe le poste de responsable des réseaux sociaux. Parmi les autres organisations environnementales opposées au projet figurent Greenpeace Afrique, Re:wild et Seychelles at Heart, une association locale à but non lucratif.
Sur le site web de son agence de relations publiques, PC Agency, Assets Group fait la promotion d’une formule touristique pour les îles d’Aldabra qui ne se limite pas à l’île d’Assomption.
Les Seychelles sont un archipel composé de plus de 100 îles, dont les plus éloignées forment les îles extérieures, situées bien au-delà du groupe principal où vit la majorité des Seychellois. Ces 16 îles seychelloises reculées se répartissent en cinq groupes distincts. L’atoll d’Aldabra se trouve à plus de 1 000 kilomètres (620 miles) de Mahé, l’île principale du pays. Il est situé au large de la côte Est de l’Afrique, à l’embouchure du canal du Mozambique.

Les touristes (ceux qui peuvent se le permettre), les chercheurs et autres visiteurs peuvent rejoindre l’île d’Assomption depuis Mahé par avion, avant d’embarquer à bord d’un bateau affrété pour l’atoll d’Aldabra, qui ne dispose ni de piste d’atterrissage ni d’habitations humaines permanentes. À l’heure actuelle, il s’agit du seul et unique moyen de se rendre à l’atoll d’Aldabra.
L’île d’Assomption est elle aussi dépourvue d’habitations permanentes. Seuls quelques employés de l’entreprise publique Islands Development Company (IDC) y résident de manière temporaire pour assurer l’entretien de la piste d’atterrissage. Astove et Cosmoledo disposent toutes deux de petits hébergements ; Astove possède également sa propre piste d’atterrissage.
« Les îles situées autour d’Aldabra offrent les plus belles plages, une faune incroyable et quelques-uns des meilleurs sites de plongée au monde », vante Abid Butt, président-directeur général (PDG) d’Assets Group, dans une revue spécialisée. « Nous avons choisi une destination idéale et préservée pour accueillir l’un des complexes hôteliers les plus exclusifs, ciblant celles et ceux qui recherchent l’excellence en matière de bien-être et de détente, tout en veillant à la protection et à la préservation de la vie marine et de l’écosystème dans son ensemble ».
Le groupe n’a cependant pas souhaité répondre aux questions de Mongabay. Par l’intermédiaire d’un porte-parole, la société a déclaré qu’elle n’était pas prête à communiquer davantage d’informations à ce stade.
Si Assets Group finance le complexe hôtelier, la construction est quant à elle assurée par l’Island Development Company (IDC), une entreprise publique seychelloise responsable de la gestion de 14 des îles les plus éloignées de l’archipel, dont Assomption.
L’IDC a pour mission de développer durablement les îles placées sous sa responsabilité. Cette approche inclut notamment l’aménagement d’infrastructures touristiques. Assets Group a été le seul investisseur à répondre à l’appel à manifestation d’intérêt lancé par l’IDC en 2023, pour la création d’une infrastructure touristique sur Assomption.
Un rapport de l’IDC estime le coût d’entretien de l’île d’Assomption entre 9 et 10 millions de roupies seychelloises (environ 660 000 USD), et souligne la volonté de l’entreprise de transformer l’île en un « centre d’activités générateur de revenus ».
Les opposants au projet sur l’île d’Assomption dénoncent une quête de rentabilité au détriment de la prudence environnementale. Les défenseurs de l’environnement mettent notamment en garde contre les effets de la présence humaine accrue. Cette dernière pourrait compromettre la survie de la population de tortues géantes, perturber les groupes de baleines à bosse qui viennent mettre bas et allaiter leurs petits dans ces eaux, et menacer les sites de nidification des tortues de mer.
Victoria Duthil souligne que l’étude d’impact environnemental et social (EIES) du projet a été réalisée à la hâte, qu’elle ne respecte pas les normes internationales et qu’elle est entachée de conflits d’intérêts. L’EIES du projet a été réalisée par l’Island Conservation Society (ICS), une organisation à but non lucratif basée aux Seychelles, « malgré une direction commune et un financement provenant de l’IDC », précise-t-elle.
Glenny Savvy, présidente-directrice générale de l’IDC jusqu’à la fin de l’année 2024, a été cofondatrice et vice-présidente du Conseil d’administration de l’ICS. L’IDC finance également une partie des activités de l’ICS.
L’actuel PDG de l’IDC, Cyril Bonnelame, indique à Mongabay que le projet « progresse à grande vitesse ».
Selon lui, la décision d’approuver ou de refuser le projet relevait du ministère de l’Environnement, sur la base de l’EIES. « Le ministère de l’Environnement ayant donné son feu vert, nous n’avons pas notre mot à dire ici. Si la question d’un quelconque conflit [d’intérêts] s’était posée, elle aurait dû être réglée par le ministère de l’Environnement », fait observer Cyril Bonnelame.
Le ministère de l’Environnement n’avait pas répondu à notre demande de commentaire au moment de la publication de cet article.
Le rapport de l’EIES met en lumière les menaces environnementales que le projet de construction du complexe hôtelier pourrait entraîner pour l’ensemble des îles et atolls d’Aldabra, dont Assomption.

Le rapport évoque une menace pesant sur les tortues géantes d’Aldabra, également présentes sur l’île d’Assomption, soulignant que les plus petits individus de l’espèce risquent d’être « écrasés lors des activités de défrichement et de construction ». En outre, les tortues géantes courent un danger en s’aventurant sur la piste de l’aéroport de l’île d’Assomption. La piste d’atterrissage entrave les déplacements lents des tortues géantes en fragmentant leur habitat. L’extension de la piste ne ferait donc qu’accentuer le problème.
Le rapport recommande plusieurs mesures : un tunnel sous la piste d’atterrissage pour le déplacement des tortues, des limitations de vitesse pour les véhicules et une vigilance accrue de nuit, afin d’éviter les collisions avec les doyennes de l’île.
Selon le rapport, la majorité des travaux de construction du complexe hôtelier se déroulent dans une zone de l’île qui abrite « les plages de nidification des tortues vertes les plus vastes et les plus importantes des Seychelles ». Le rapport ajoute que la hausse anticipée du trafic maritime – qu’il s’agisse de bateaux touristiques, de navires de ravitaillement ou d’embarcations de loisirs – risque de compromettre l’habitat marin des baleines à bosse.
Le rapport signale également le risque d’une contamination chimique des sources d’approvisionnement en eau et des habitats marins par les travaux de construction et, à terme, par les rejets et les eaux usées du complexe.
Le rapport signale également le risque d’une contamination chimique des sources d’approvisionnement en eau et des habitats marins par les travaux de construction et, à terme, par les rejets et les eaux usées du complexe.
Les auteurs du rapport soulignent que malgré les protocoles de biosécurité en place pour préserver Assomption et Aldabra, ces dernières pourraient rester vulnérables aux espèces exotiques envahissantes. Le rapport révèle que « du fait du statut d’Aldabra en tant que site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, l’introduction de toute espèce non indigène pourrait avoir des conséquences graves à l’échelle planétaire ».
Le rapport d’EIES établi par l’ICS indique que le problème de conflit d’intérêts a été abordé à maintes reprises durant les consultations avec les parties concernées. Selon le rapport, « l’ICS a été pleinement transparent avec les parties prenantes durant tout le processus ».
Cependant, les défenseurs de l’environnement soutiennent que la population seychelloise n’a pas été suffisamment consultée.
L’IDC prévoit de construire des solutions d’hébergements pour les Seychellois, ce qui, selon Cyril Bonnelame, leur permettra de découvrir Aldabra lors de visites journalières, tout en leur permettant de séjourner sur l’île d’Assomption. « Des villas seront proposées aux Seychellois à tarif préférentiel pour leurs séjours sur l’île », indique-t-il.
Mais Duthil reste sceptique. « Ce projet est en réalité un complexe hôtelier de luxe, totalement inaccessible à la majorité des Seychellois », souligne-t-elle. « Il s’agit avant tout d’attirer un tourisme haut de gamme et de maximiser les profits ; il ne s’agit pas de favoriser l’accessibilité pour les Seychellois ».

La piste d’atterrissage d’Assomption, entretenue et exploitée par l’IDC, a déjà été prolongée de 1,2 km à 2 km (0,75 mile à 1,25 mile). Le défrichement du terrain pour la construction des villas est en cours.
« Il n’y avait quasiment rien sur l’île, mais ce projet va permettre de développer considérablement les activités sur place », rapporte Bonnelame.
« L’ampleur du projet est sans précédent et nuisible non seulement à l’île, mais aussi à l’écosystème environnant », soutiennent les opposants au projet à travers une pétition diffusée par Friends of Aldabra. L’initiative appelle à un arrêt des travaux immédiat et à la réalisation d’une nouvelle étude d’impact environnemental et social.
L’initiative Friends of Aldabra exhorte également la population à adresser des pétitions aux grandes chaînes hôtelières de luxe, afin qu’elles déclinent toute proposition visant à exploiter le futur complexe. Duthil indique avoir recensé cinq chaînes internationales susceptibles d’opérer sur le site : IHG Hotels & Resorts (Royaume-Uni), Four Seasons (Canada), Rosewood (Hong Kong), Marriott et Hilton (États-Unis).
L’ouverture du complexe est prévue en 2027.
Image de bannière : Une tortue géante d’Aldabra (Aldabrachelys gigantea). Ces tortues à la longévité exceptionnelle vivent à la fois sur l’île d’Assomption et sur l’île voisine d’Aldabra, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Image reproduite avec l’aimable autorisation de Celina Chien/ Overstories.
Cet article a été publié initialement ici en anglais le 3 juin, 2025.