- Le groupe africain participant en ce moment à Genève, en Suisse, à la deuxième partie de la cinquième session du Comité intergouvernemental de négociation chargé d’élaborer un traité sur la pollution par les matières plastiques, plaide pour la création d’un fonds autonome, financé obligatoirement par les pays développés et les grands producteurs de plastique, afin de soutenir directement les pays en développement dans la mise en œuvre du futur traité.
- Les ressources serviraient à financer la mise en place et l’application de réglementations, la transition vers de nouvelles technologies, le recyclage, la gestion des déchets ou encore la collecte de données, pour assurer le suivi des engagements du traité.
Le groupe africain défend la création d’un fonds autonome (Stand Alone Fund), financé obligatoirement par les pays développés, à l’image du Protocole de Montréal, pour lutter contre la pollution par les matières plastiques.
Mongabay a eu la primeur de cette information au cours d’une interview avec Cheikh Ndiaye Sylla, le co-représentant du groupe africain au sein du bureau du Comité intergouvernemental de négociation chargé d’élaborer un traité sur la pollution par les matières plastiques, y compris dans l’environnement marin.
« Il y a quatre mécanismes de financement qui sont étudiés en ce moment. Un stand-alone fund qui serait un fonds totalement indépendant, créé spécifiquement pour le traité et géré en dehors des structures existantes. Un fonds via le Global Environment Facility (GEF), qui agirait comme mécanisme financier principal. Un mécanisme hybride : GEF et stand-alone fund dans lequel les deux fonctionnent simultanément ou se complètent. Et enfin, un mécanisme hybride avec transition dans lequel le GEF commence comme mécanisme financier, puis est remplacé à une étape ultérieure par un stand-alone fund », explique Sylla à Mongabay.
« Pour la position africaine, c’est d’avoir un stand-alone fund qui soit le mécanisme financier de la convention, comme on l’a dans le protocole de Montréal », ajoute Sylla, qui co-dirige le groupe africain aux négociations avec la Rwandaise Juliet Kabera.
Le Fonds pour l’environnement mondial (Global Environment Facility) a été créé en 1991 par la Banque mondiale, le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Il sert de mécanisme de financement pour plusieurs conventions environnementales et aide les pays à relever des défis mondiaux comme la perte de biodiversité, le changement climatique ou la pollution, en finançant des projets et en facilitant le transfert de technologies.
Le Protocole de Montréal, adopté en 1987 sous l’égide des Nations unies, vise à protéger la couche d’ozone en éliminant progressivement les substances qui l’appauvrissent. Sa spécificité est d’avoir instauré un fonds multilatéral dédié, financé par les pays développés, qui soutient directement les actions des pays en développement. C’est ce modèle de financement que le groupe africain souhaite reproduire pour la future convention sur la pollution plastique.

Un budget selon les besoins
Selon Sylla, il faut des ressources et des mécanismes financiers, notamment pour soutenir les pays en développement dans la transition vers un monde moins pollué par le plastique.
Ce dernier explique que le fonds serait alimenté obligatoirement par les pays donateurs, c’est-à-dire principalement les pays développés ou ceux qui produisent le plus de plastique. Tous les 3 ou 4 ans, un organe scientifique et technique évaluerait le montant total nécessaire pour répondre aux besoins des pays en développement. Ce budget global serait ensuite réparti entre les contributeurs, chacun versant une part en fonction d’une clé de répartition convenue.
L’expert sénégalais souligne aussi que l’argent servirait à financer des actions essentielles pour mettre en œuvre le traité, à l’exemple de la création d’« unités nationales plastiques » chargées de coordonner les mesures, l’élaboration et l’application de réglementations, la formation et le renforcement des capacités, les projets de transition vers des technologies et matériaux alternatifs, ainsi que la collecte et la transmission des données sur la pollution plastique.
Le fonds soutiendrait également des initiatives de recyclage et de gestion des déchets. Chaque pays définirait ses priorités dans un plan national d’action financé par ce mécanisme. « Nous sommes en discussion, ce n’est pas encore adopté. Mais ce qui est le plus probable, c’est qu’on ait un fonds hybride avec le GEF et le stand-alone fund », dit Sylla.
Joseph Ganongo, qui suit les négociations pour la République du Congo, explique à Mongabay que les « payeurs traditionnels » veulent que ce soit le GEF qui finance cette transition. Mais le groupe africain note que traditionnellement, le GEF finance surtout de petites actions ou des activités préparatoires telles que les inventaires, l’élaboration de lois, mais pas les investissements lourds nécessaires.
Ganongo suggère que pour lutter efficacement contre la pollution plastique, l’Afrique a besoin de financements permettant de construire des infrastructures sur place, plutôt que de recevoir de l’argent qui repart ensuite en Occident via les entreprises chargées du traitement des déchets. L’objectif de la position africaine, dit-il, est donc d’obtenir un fonds dédié « capable de financer directement, en Afrique, les équipements et installations nécessaires pour réduire la pollution et traiter les déchets localement ».
Le projet d’instrument juridique en cours de négociation, consulté par Mongabay le 11 août 2025, précise que le mécanisme de financement devra répondre aux besoins spécifiques des pays en développement, avec une attention particulière pour les pays les moins avancés (PMA) et les petits États insulaires en développement (PEID).
Il prévoit que les pays développés, ou ceux disposant d’une forte capacité financière et de production de plastique, « prennent l’initiative dans la mobilisation des ressources ». Celles-ci devraient être fournies sous forme de subventions ou de prêts à des conditions plus favorables que celles du marché, et adaptées aux priorités de chaque pays bénéficiaire. Le texte n’exclut pas non plus des contributions volontaires provenant d’autres sources, comme les organisations multilatérales ou le secteur privé.

Sascha Gabizon est la directrice internationale du réseau Femmes en Europe pour un futur commun (WECF), un réseau international d’organisations de femmes et de la société civile, fondé en 1994, qui œuvre pour un environnement sain, juste et durable pour tous.
Rencontrée à Genève en marge des négociations sur le traité sur la pollution par les matières plastiques de (INC 5.2), elle souligne que les coûts de la pollution plastique sont souvent supportés par les petits pays, notamment les îles du Pacifique et des pays africains, qui produisent moins de pétrole et de plastiques, mais reçoivent depuis des décennies les déchets des pays d’ailleurs.
Pour elle, il faut des fonds extérieurs pour aider ces pays à gérer les déchets plastiques déjà présents, en s’inspirant, par exemple, de la Convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants qui impose aux pays signataires de supprimer ou de restreindre la production et l’utilisation de ces substances, de gérer et éliminer en toute sécurité les stocks et les déchets contaminés, et de prévenir leur formation involontaire.
Gabizon penche pour un financement autonome provenant des pays producteurs. « Un prélèvement à la source, versé dans un fonds géré au niveau onusien et redistribué aux pays les plus touchés, serait une solution efficace », dit-elle à Mongabay. « L’argent ne doit pas seulement servir à gérer les déchets, mais aussi à financer la recherche, soigner les personnes affectées par la pollution plastique et éviter les fausses solutions, comme l’incinération », ajoute-t-elle.
Cette exigence d’un financement structuré et équitable est partagée par d’autres acteurs engagés dans la lutte contre la pollution plastique, à l’exemple de Greenpeace. « L’Afrique plaide pour un traité mondial ambitieux sur les plastiques, avec des engagements financiers clairs de la part des pays développés. Les gouvernements africains défendent la création d’un nouveau fonds multilatéral dédié et indépendant, placé sous l’autorité de la Conférence des Parties », dit Hellen Kahaso Dena, responsable de la campagne plastique chez Greenpeace Afrique, à Mongabay. « Un fonds qui soit durable, suffisant et accessible, afin de soutenir la mise en œuvre du traité, le respect des obligations, la remédiation ainsi qu’une transition juste pour les récupérateurs et autres travailleurs tout au long de la chaîne de valeur », dit-elle.
Le traité objet des négociations par des représentants de près de 200 pays en ce moment à Genève, vise à mettre fin ou à réduire significativement la pollution plastique, sur terre comme en mer ; à protéger simultanément l’environnement et la santé humaine.
Il a aussi pour but d’adopter une approche complète couvrant la production, l’utilisation, la gestion des déchets et la prévention des fuites de plastique, ainsi qu’à prendre en compte les besoins et capacités spécifiques des différents pays, tout en promouvant un développement durable et équitable.
Image de bannière : Fungi Manzuma gagne sa vie en collectant du plastique et d’autres déchets pour les recycler dans une décharge près de Pretoria, en Afrique du Sud. Image d’Ihsaan Haffejee via Flickr (CC BY-NC-SA 2.0).
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