- Au-delà des faibles capacités institutionnelles dans la région du bassin du Congo, la difficulté d’accès aux données figure parmi les principaux défis à relever.
- Les technologies innovantes sont essentielles dans un contexte actuel, marqué par la vulnérabilité accrue aux sécheresses, la pauvreté, la dégradation des terres.
- L’agriculture itinérante sur brûlis est la pratique culturale la plus répandue dans la région du bassin du Congo.
- La modélisation de l'impact du changement climatique sur les tendances pluviométriques souffre également de lacunes.
Un groupe d’experts et de chercheurs en conservation appellent à une action immédiate contre la dégradation des terres en pleine expansion au niveau du bassin du Congo, avertissant que l’absence de données fiables sur l’ampleur de la désertification dans cette région pourrait entraîner une aggravation des catastrophes climatiques.
Si les pays du bassin du Congo se sont joints aux pays d’autres régions du monde pour trouver des solutions à des problèmes communs, qui préoccupent quant à la gestion des ressources naturelles, un nouveau rapport rendu public, le 9 juillet 2025, par un groupe d’experts issus de différentes institutions de recherche en Afrique centrale, affirme que la mise en œuvre de ces engagements reste confrontée à de nombreux défis.
Dr Abdon Awono, chercheur principal au Centre international pour la recherche en agroforesterie (CIFOR-ICRAF) et co-auteur de ce nouveau rapport, reconnait qu’au-delà des faibles capacités institutionnelles dans la région du bassin du Congo, la difficulté d’accès aux données figure parmi les principaux défis à relever pour restaurer des terres dégradées dans plusieurs pays de la sous-région.
« Les progrès vers la neutralité, en matière de dégradation des terres, sont visibles, mais encore fragiles », dit-il à Mongabay.
D’après ce nouveau rapport intitulé « État des forêts du bassin du Congo 2025 : Mise en œuvre des conventions internationales sur l’environnement et les forets », les experts affirment que, pour ce qui concerne les efforts en cours, pour atténuer les effets de la sécheresse dans les pays gravement touchés de la région, des défis importants restent à relever en termes de faibles capacités institutionnelles, de manque de financement et d’instabilité sociopolitique.

Dans ce nouveau rapport qui évalue la mise en œuvre des conventions internationales sur l’environnement et les forêts, les chercheurs estiment qu’en Afrique centrale, le rôle des acteurs – États, des communautés locales, des organisations non gouvernementales et du secteur privé reste essentiel, tout comme l’utilisation de technologies émergentes, pour préserver les terres agricoles et améliorer la sécurité alimentaire.
Par exemple, si des plateformes ont été développées pour partager des informations sur la dégradation des sols et les méthodes de restauration, ce qui permet aux agriculteurs et aux décideurs de prendre des décisions éclairées dans la sous-région, le nouveau rapport souligne la nécessité de mettre en place des approches multisectorielles et une mobilisation accrue des ressources pour faire, de la lutte contre la désertification, un levier essentiel du développement durable.
D’après Dr Awono, ces technologies sont essentielles dans un contexte actuel, marqué par la vulnérabilité accrue aux sécheresses, la pauvreté, la dégradation des terres et les changements climatiques au niveau de la zone forestière humide, dominée par les forêts du bassin du Congo.
La Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD), dans les pays gravement touchés par la sécheresse, en particulier en Afrique, est entrée en vigueur en 1996 et compte désormais 181 parties. Depuis 2018, la CNULCD a commencé à élaborer des plans nationaux contre la sécheresse, dans plus de 40 pays, en particulier dans le bassin du Congo.
Un récent rapport de la Commission des Forêts d’Afrique Centrale (COMIFAC), publié en octobre 2023, montre que le changement climatique a entraîné des répercussions néfastes et généralisées, au niveau de plusieurs pays d’Afrique centrale, avec une pire sécheresse jamais enregistrée, depuis 40 ans.

Absence de données climatiques fiables
Bien que les pays de la COMIFAC affichent leur volonté d’adhérer massivement aux instruments juridiques internationaux — tels que l’Accord de Paris, la Convention sur la biodiversité ou le processus REDD —les experts déplorent, dans ce nouveau rapport, que leur mise en œuvre reste inégale et souvent limitée à des engagements de façade.
Le document recommande, par conséquent, une révision du traité de la COMIFAC, signé en 2005 et préconisant une solidarité entre les pays sahéliens de l’Afrique centrale étant donné que ni la dégradation des terres, ni la désertification ne sont considérées comme une priorité politique à l’échelle de l’Afrique centrale.
Les récentes estimations de la CNULCD montrent que l’agriculture itinérante sur brûlis est la pratique culturale la plus répandue dans la région du bassin du Congo, mais que ce mode d’exploitation des terres risque d’appauvrir rapidement les sols.
Face à l’absence de données climatiques fiables pour déterminer l’ampleur de la sécheresse en Afrique centrale, certains chercheurs affirment que les modèles climatiques actuels ne permettent pas de déterminer si la sous-région connaîtra une réduction ou une augmentation des précipitations dans les années et décennies à venir.

Dr Adam Higazi, chercheur au Jardin botanique royal d’Édimbourg, au Royaume-Uni, observe que la hausse des températures et les variations de précipitations figurent parmi les facteurs, qui risquent de contribuer aux problèmes liés à la désertification dans la sous-région.
« Il faut davantage des stations météorologiques [dans le bassin du Congo] susceptibles de faciliter les études climatiques, qui peuvent être bénéfiques dans la lutte contre la désertification et la dégradation des terres », dit-il à Mongabay.
Selon lui, Il existe actuellement d’importantes lacunes, dans les données, sur les précipitations en Afrique centrale.
« La modélisation de l’impact du changement climatique sur les tendances pluviométriques souffre également de ces lacunes (…). Les données d’observation sont rares, car les mesures des précipitations sont effectuées dans un nombre insuffisant de stations », déplore-t-il.
L’examen de l’état de la restauration des forêts et des paysages en Afrique en 2021, une analyse conjointe, réalisée par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Agence de développement de l’Union africaine-NEPAD, montre que jusqu’à 65 % des terres productives sont dégradées, tandis que la désertification touche 45 % des terres en Afrique centrale, notamment.
Image de bannière : Déforestation près de Lieki, en République Démocratique du Congo. Image d’Axel Fassio/CIFOR via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0).
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