Selon les chercheurs, les éléphants disparaissent à cause de la fragmentation de leur habitat due à la déforestation. Les défenseurs de l’environnement affirment qu’un financement ainsi qu’une sensibilisation et un plaidoyer accrus sont nécessaires pour aider les populations restantes à se rétablir. Olabode indique que la meilleure façon d’aider les éléphants de forêt serait de les déclarer en danger critique, ce qui se traduirait par une protection plus solide venant des agences gouvernementales et des ONG. Olabode ajoute que leur faible nombre les qualifie pour ce changement de statut.

Quelques 125 espèces d’oiseaux et 200 espèces d’arbres se trouvent dans la Réserve, ainsi que de nombreuses autres espèces de mammifères dont les pangolins, les guenons à gorge blanche (Cercopithecus erythrogaster) et les chimpanzés du Nigéria-Cameroun (Pan troglodytes ellioti) en danger. En raison du braconnage et de la perte d’habitat, il reste probablement moins de 6 000 chimpanzés dans la nature, estime l’UICN.

Il y a quelques années, trois chimpanzés ont été tués par les résidents d’une communauté adjacente à la Réserve pour la viande de gibier. Les animaux s’étaient égarés dans la communauté, ont indiqué les locaux aux défenseurs de l’environnement d’Omo.

« Les conflits entre éléphants et humains sont courants », explique Olabode, avant d’ajouter « Il est évident que la plupart des animaux n’ont plus d’espace suffisant pour se déplacer. Donc dès qu’ils s’éloignent un peu de ce lieu de conservation, ils vont dans une exploitation agricole ou une communauté. »

Forêt vs. Exploitation agricole

Joseph indique que les intrusions ont commencé à s’intensifier lorsqu’il y a une chute de la mise en application des réglementations environnementales, permettant ainsi aux agriculteurs d’exploiter la forêt d’Omo de façon non viable. Aujourd’hui, des centaines d’hectares de cacaoyères s’y trouvent. De multiples sources indiquent à Mongabay que les pots-de-vin et la corruption ont aidé les agriculteurs à contourner pendant des décennies les mesures de protection.

« C’est une chose de désigner un lieu, mais c’en est une autre de mettre en place des mesures pour maintenir cette désignation », dit Joseph. « Si toutes ces décennies le gouvernement avait été cohérent, tous les problèmes auraient maintenant été réglés – et, en fait, la forêt [était auparavant] considérée pour son utilité plus que pour son mérite de conservation. »

De nouveaux plants de cacao poussent là où se dressait autrefois la forêt. Photo d’Orji Sunday pour Mongabay.

Ce qui aggrave la situation est que les communautés qui entourent Omo auraient refusé de céder au gouvernement la propriété d’une partie de la Réserve. Les résidents indiquent que les autorités traditionnelles louent également des espaces pour rendre visite aux négociants de cacao et aux bûcherons venant d’autres régions du Nigéria, qui représentent plus de 90 % de la population agricole totale dans la région.

« Les indigènes croient toujours que cette terre leur appartient », dit Bolarinwa Ewulo, cultivateur local de cacao installé à Eseke, l’un des camps agricoles de la Réserve. « Ici personne ne peut se lancer dans l’agriculture sans leur accord. » déclare-t-il.

Il y a environ 300 camps et communautés agricoles dans et autour de la Réserve Forestière d’Omo, chacun comptant une centaine d’agriculteurs environ. Dans le camp d’Eseke, à moins de 2 kilomètres du centre forestier, des huttes d’argile rouge coiffées de zinc rouillé se mêlent aux vieilles maisons en bois.

« Les exploitations agricoles mettent en danger la protection et le statut de la Réserve. C’est une situation inquiétante qui augmente de jour en jour et les gens font comme s’il n’y avait pas de loi en place. Mais tout le monde – même le gouvernement – se réveille maintenant », indique Joseph.

Cette terre est spéciale. Ses qualités sont parfaitement adaptées à la production de cacao et les agriculteurs le savent « , explique Ewulo, qui cultive le cacao depuis près de deux décennies. « Si vous installez les cacaoyères dans d’autres endroits, les cacaoyers mettront cinq à six ans pour murir, mais Omo s’en sortira bien en trois ans. »

Le sol d’Omo est particulièrement propice à la culture du cacao. Photo d’Orji Sunday pour Mongabay.
Des arbres de la forêt tropicale humide abattus illégalement à Omo sont transportés hors de la Réserve. Photo d’Orji Sunday pour Mongabay.

Même si le nouvel empiètement a été complètement stoppé, il ne sera pas facile de récupérer ce que les agriculteurs ont déjà rasé et planté. Comme Ewulo, beaucoup d’agriculteurs sont là depuis des décennies, cultivant chacun plusieurs hectares de cacaoyères. En plus de perturber leurs moyens de subsistance, le gouvernement éprouve des difficultés à réunir les sommes nécessaires pour réinstaller ailleurs les agriculteurs.

Babatunde indique qu’il est difficile de contrôler les facteurs qui poussent les individus à se rendre dans les exploitations agricoles et les forêts. Il ajoute que lorsqu’il s’agit de l’attrait agricole d’Omo, l’arabilité de la terre joue un rôle secondaire par rapport au chômage et à la pauvreté.

« Si nous avions eu l’argent pour indemniser tous les agriculteurs, nous les aurions réinstallés ailleurs », explique Adebosin Babatunde, directeur de projet d’un projet de plantation forestière dans l’État d’Ogun, une initiative parrainée par le gouvernement qui replante des zones dégagées à des fins commerciales et de conservation. « Pour l’instant, nous ne pouvons résister qu’à de nouvelles exploitations, planter plus d’arbres pour élargir la base forestière ou régénérer [la forêt dégradée]. »

Babatunde indique qu’il est difficile de contrôler les facteurs qui poussent les individus à se rendre dans les exploitations agricoles et les forêts. Il ajoute que lorsqu’il s’agit de l’attrait agricole d’Omo, l’arabilité de la terre joue un rôle secondaire par rapport au chômage et à la pauvreté.

« Partout où il y a de la pauvreté et du chômage, les idéaux de conservation souffrent parce que les gens doivent accorder la priorité à leur survie », explique-t-il. « Le gouvernement ne peut pas contrôler les autres facteurs qui poussent les personnes à retourner dans la forêt. Et comme la forêt est la source de survie la moins chère, c’est un premier choix pour les personnes démunies. »

Conscient de cette complexité, le gouvernement a adopté une approche modérée pour traiter avec les agriculteurs : résister à l’implantation de nouvelles exploitations agricoles tout en permettant aux anciennes de rester.

Coups de feu de nuit

La perte d’habitat n’est pas le seul problème auquel fait face la faune d’Omo ; les chasseurs pénètrent régulièrement dans la forêt à la recherche d’antilopes, de cochons sauvages, de pangolins et autres animaux pour la viande de gibier. Les gardes forestiers essayent de les repousser en effectuant des patrouilles occasionnelles la nuit, en suivant l’emplacement des coups de feu et le vrombissement des tronçonneuses.

« Les chasseurs ont cessé de venir la journée mais continuent de chasser la nuit », dit l’un des gardes forestiers qui travaillent dans la Réserve. « Parfois, quand on dort, on entend des coups de feu dans la Réserve. Ils chassent en pleine nuit et s’échappent avant l’aube. »

Alors qu’il patrouillait ce matin, l’un des gardes forestiers avait repéré quelque chose qui ressemblait à l’empreinte d’un chasseur dans la boue. Deux nuits auparavant, la pluie l’avait partiellement effacée, et maintenant elle ressemblait à une empreinte de sabot, probablement celle d’un cochon sauvage, d’une antilope ou d’un buffle.

« Dans le passé, trouver les empreintes des chasseurs dans la Réserve n’exigeait pas beaucoup de recherches », dit Olabode. Mais aujourd’hui, c’est différent. Après deux heures de patrouille, les gardes forestiers n’ont pas trouvé de cartouches, de collets métalliques ou d’empreintes de pas ; seulement des traces d’animaux.

« Notre travail [est] déjà payant à petite échelle », indique Olabode. « À la même époque l’année dernière, nous devions avoir vu ici de nombreux signes de chasse. Mais maintenant, ce que nous voyons, ce sont les animaux qui retournent dans des endroits sûrs. »

Les quatre gardes forestiers travaillant sur ce dossier de patrouille particulier sous les ordres d’Olabode, lisent les gestes de ses mains, réagissent à ses chuchotements, se dispersent et se retrouvent de nouveau. Les collines se mêlent aux plaines ; dans certaines zones, de petits ruisseaux limpides traversent les bois, tandis que dans d’autres, les gardes forestiers s’enfoncent dans la boue en se frayant un chemin parmi les branches tortueuses.

Les gardes forestiers patrouillent la Réserve Forestière à la recherche de chasseurs et d’agriculteurs. Photo d’Orji Sunday pour Mongabay.

L’un des gardes forestiers remarque de grandes empreintes de pas sur le sol de la forêt. Après les avoir examinées, tous s’accordent à dire qu’ils ont été faits par des éléphants.

« Les éléphants sont passés ici hier soir. Ils ne sont pas très loin et nous réussirons peut-être à les trouver », déclare Olabode, en pointant les empreintes et les excréments dans la boue. « Ils ne sont pas très loin. »

C’est ainsi que commence la recherche des éléphants, chaque garde forestier se voyant assigner une zone à couvrir. Olabode dresse les oreilles, observe les petites brèches dans la végétation. Soudain, il fait un geste dans une direction, et les gardes forestiers se dispersent vers celle-ci.

On trouve plus d’empreintes de pas, mais les éléphants qui les ont faits ne se montrent jamais.

« Ils ont dû remarquer que nous les suivions. Leur pied est … sensible et peut [détecter] les vibrations à longue distance. Si nous les suivons, avant le coucher du soleil, nous les rattraperons », dit Olabode.

Trouver une façon d’aller de l’avant

Il y a une autre tâche qui a amené les gardes forestiers dans la forêt : installer des pièges photographiques sensibles au mouvement dans l’espoir de capturer des images d’animaux et de chasseurs.

Le piège d’aujourd’hui fait face à un patch de gombo pour éléphant, nommée ainsi car son fruit est un aliment préféré des éléphants. Pendant que les gardes forestiers montent le piège, un autre groupe maintien des barrages pour limiter l’entrée dans la forêt.

Les gardes forestiers installent un piège photographique pour enregistrer les animaux sauvages et les braconniers. Photo d’Orji Sunday pour Mongabay.

Leur but est d’empêcher les agriculteurs d’entrer dans la Réserve avec de nouveaux plants de cacao et drageons (semences) de plantain. Au cours des quatre dernières heures, deux agriculteurs ont été interceptés avec des plants de cacao déguisés en fleurs et en nourriture. Les plantes ont été saisies et détruites pendant que les agriculteurs, qui font de la contrebande, ont été remis aux gardes forestiers du Ministère des Forêts du Nigéria.

Bien que les gardes forestiers d’Omo aient réussi à trouver des braconniers et à limiter l’empiètement des agriculteurs dans la forêt, ils affirment qu’il y a des défis qui freinent leur efficacité. D’abord et avant tout, ils indiquent que la Réserve est trop grande pour que de petites groupes de gardes forestiers puissent la surveiller efficacement, les agriculteurs et les chasseurs trouvant continuellement de nouvelles routes bien au-delà des zones couvertes par les gardes forestiers.

Alors que les efforts d’ONG comme la Fondation nigériane pour la conservation donnent de l’espoir pour les forêts d’Omo restantes, les défenseurs de l’environnement affirment que ces efforts ne sont pas suffisants pour s’attaquer à la complexité du problème.

Des gardes forestiers interceptent des agriculteurs tentant d’introduire clandestinement des plants de cacao dans la zone protégée où l’agriculture, l’exploitation forestière et la pêche sont interdites. Photo d’Orji Sunday pour Mongabay.

Selon Simire Michael, écologiste et urbaniste à Lagos, il ne s’agit pas de savoir si les agriculteurs peuvent encore rester dans la Réserve ; il est plutôt question d’explorer des options plus larges qui pourraient leur permettre de coexister avec la faune, de sensibiliser et de fournir des ressources pour les aider à protéger l’environnement.

« L’important, c’est de proposer une approche au service des agriculteurs et des idéaux de conservation », explique Michael. « Dans les entreprises risquées comme l’élevage porcin, l’élevage d’escargots peut remplacer l’exploitation agricole directe pendant que les agriculteurs pourraient être invités à replanter les zones détruites dans le cadre des [exigences] pour rester dans la Réserve. »

« Même dans la protection de la forêt, les communautés sont utiles, mais elles doivent aussi survivre. La conservation est importante, mais il faut que les individus soient en vie pour conserver. »

 

 

Image en bannière de gardes forestiers en patrouille dans la Réserve Forestière d’Omo par Orji Sunday pour Mongabay.

Note de la rédaction : Ce reportage a été réalisé grâce à Places to Watch, une initiative de Global Forest Watch (GFW) conçue pour identifier rapidement les pertes de forêts dans le monde et déclencher des recherches plus approfondies dans ces domaines. Places to Watch s’appuie sur une combinaison de données satellitaires en temps quasi-réel, d’algorithmes automatisés et de renseignements pour identifier de nouvelles zones sur une base mensuelle. En partenariat avec Mongabay, GFW soutient le journalisme axé sur les données en fournissant des données et des cartes produites par Places to Watch. Mongabay conserve une indépendance éditoriale totale sur les articles publiés à partir de ces données.

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Article original: https://news.mongabay.com/2019/07/cocoa-and-gunshots-the-struggle-to-save-a-threatened-forest-in-nigeria/

Article published by Maria Salazar
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